jeudi 19 septembre 2013

L'Homme qui vivra 1000 ans est déjà né

Le Dr Laurent Alexandre est chirurgien-urologue et neurobiologiste, diplômé de Science Po, d'HEC et de l'ENA. Il est également fondateur de plusieurs start-ups dont "Doctissimo" et auteur de l’essai "La mort de la mort". Il dirige aujourd'hui le laboratoire DNAVision, la plus grande société européenne spécialisée dans le séquençage de l'ADN.
Ce scientifique qui vit à Bruxelles s'est penché sur les bouleversements de l'humanité face aux progrès en biotechnologies.
De manière générale l'évolution démographique peut suivre quatre courbes :
- Effondrement de l'espérance de vie (suite aux impacts environnementaux)
- Arrêt de la technologie (limitation du progrès)
- Poursuite lente (naturelle mais contrôlée)
- Evolution exponentielle (évolution artificielle).
Dans les sociétés modernes nous observons une évolution exponentielle, conséquence du progrès tous azimuts.
L'homme vivra 1000 ans
Rappelez-vous le film "L'homme bicentenaire" avec Robin Williams. Un robot prend apparence humaine et le devient grâce à la biotechnologie. De la Science-fiction ? Aujourd'hui certainement mais demain ?
A l'inverse, les prothèses intelligences (bioniques) tendent à démontrer qu'un jour la plupart d'entre nous auront des membres ou des organes synthétiques. Ce n'est déjà plus de la science-fiction. Même "L'homme qui valait trois milliards" est aujourd'hui au seuil de la scienti-fiction.
Il y a 50 ans, le patient mourait si l'un de ses organes internes était mal formé ou malade. Aujourd'hui on remplace le coeur, on rend la vue à certains aveugles, on reconstruit les poumons, on opère le cerveau, on greffe une hanche, un rein, un pied, une main, un bras ou même un visage...

Document Le Figaro, 2011.
Si d'aventure on ne mourrait plus de maladie ou de malformation, dans ces conditions qu'en est-il de notre espérance de vie ? Peut-elle aussi être affectée par le progrès ?
Le Dr Alexandre est convaincu que l’Homme qui vivra 1000 ans est déjà né ! Non pas que cela soit déjà possible avec les technologies actuelles, mais les progrès auxquels nous assistons rendent cette éventualité tout à fait plausible.
En effet, grâce à la chirurgie et aux nombreuses innovations en nano-biotechnologie (cellules souches, thérapies géniques, séquençage de l’ADN, prothèses, etc), les technologies vont radicalement changer l’espérance de vie des humains.
Dans une interview accordée au journal La Libre, le Dr Alexandre déclare : "En 250 ans l’espérance de vie en Belgique a triplé, passant de 25 à plus de 80 ans. Actuellement, elle croît de 3 mois par an. [...] toutes [ces] technologies qui permettent de modifier nos comportements biologiques ont une croissance de leurs capacités comparable à l’explosion des microprocesseurs avec la Loi de Moore."
Dans un effort de prospective, le Dr Alexandre entrevoit l'avenir de la médecine sereinement : "Dès les années 2018, le bricolage de nos chromosomes deviendra possible [...]. Progressivement et d’ici 2025-2030, le cancer va devenir une maladie banale et chronique, et ce, au même titre que le Sida [...]. L’hybridation de notre corps avec des composants électroniques est en cours et va s’accélérer. Quant à la démocratisation de ces technologies, je n’ai pas d’inquiétudes le prix devrait baisser très rapidement.[...] Il y a un courant de pensée aux Etats-Unis pour envisager une forte augmentation de l’espérance de vie, mais les technologies dont je vous parle (cellules souches, séquençage ADN,…) sont très récentes ! Le corps médical commence juste à découvrir ces technologies qui semblaient ‘impossibles’. Ils envisagent à peine les possibles applications futures."
Voici l'une de ses conférences :



Impacts socio-économique et psychologique
Si le Dr Alexandre dit vrai, il n'aborde ni la question socio-économique ni psychologique de cette longévité artificiellement étendue. C'est une chose de dire que l'on peut vivre longtemps encore faut-il que la personne le souhaite et que la société puisse le gérer...
Actuellement on peut compter sur les doigts d'une main les personnes de notre entourage ayant atteint les 100 ans de manière naturelle. Alors n'imaginons même pas atteindre les 200 ans et plus.
Quand la maladie frappe, prolonger la vie de quelques années est déjà pénible pour beaucoup de patients et leurs proches. Il faudrait avoir la certitude de conserver la santé et donc de guérir toutes les malades aujourd'hui incurables.
N'en déplaise au Dr Alexandre, c'est un rêve pieux voire une utopie quand on constate à quelle vitesse les virus peuvent émerger ou muter. Sa thèse n'est plausible que dans l'éventualité où la médecine pourrait tout guérir et les biotechnologies palier à toutes les déficiences.
Il faudrait aussi que ces personnes soient toujours capables de travailler si on souhaite prolonger notre espérance de vie. Car rester à charge de la société n'est pas une solution qui fera prospérer l'économie. Et finir neurasthénique ou dépressif pour une raison extérieure (perte de travail, décès du conjoint, etc) équivaut à refuser de vivre plus longtemps.
En fait la théorie du Dr Oliver Curry, spécialiste de l'évolution à l'Ecole d'Economie de Londres (LSE) est plus réaliste : l'espérance de vie naturelle sera de 120 ans vers l'an 3000.
L'homme augmenté
Ceci dit, les biotechnologies alliées aux majors de la cybernétique, de l'informatique et des télécommunications (pour citer AT&T, Google, Honda, et IBM notamment sans oublier le DARPA) nous préparent un avenir très technologique et digital où l'homme augmenté, bourré de capteurs électroniques et d'aides à la décision apparaît déjà à l'horizon. Mais ce n'est pas pour autant qu'il vivra 1000 ans.
De toute façon toutes les personnes qui ont essayé de faire de la prospective à plus de deux générations se sont toujours fourvoyées. Il y a trop d'aléas qu'on ne peut prévoir.


Pour plus d'informations
Lisez les livres de Laurent Alexandre La mort de la mort et Google Démocratie écrit avec David Angevin en 2011.
Sur le site LUXORION, consultez l'article sur les technologies du futur, notamment le chapitre sur la médecine à l'ère numérique, celui sur l'avenir de l'homme et sur l'espérance de vie d'une société.
Transhumain oui. Posthumain non, Cube revue
Transhumanisme : demain, l'Homme amélioré, CNet
ADN: Année Zéro, Huffington Post.

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