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mercredi 13 août 2014

Deux mille ans de migrations en cinq minutes

Une équipe de chercheurs de l'Université du Texas à Dallas en collaboration avec des scientifiques de Suisse et de Hongrie ont publié dans le magazine Science les résultats d'une modélisation des flux migratoires de plus de 150000 personnes de 600 av. JC à nos jours.
Ce modèle présente le sens des migrations, les naissances (bleu) et les décès (rouge) des individus. Ces données ont été extraites de la base communautaire Freebase, d'une encyclopédie allemande des artistes célèbres et de la base données des artistes de Getty.


L'échantillon comprend des personnes célèbres comme le roi David d'Israël, Léonard de Vinci et les présidents des Etats-Unis. La base Freebase pouvant être mise à jour par le public, l'échantillon comprend également des gens ordinaires, rendant l'étude très intéressante sur les plans sociologique et culturel.
La vidéo montre à quel point cette migration est permanente et spécifique à chaque pays. Ainsi, les migrants français montent généralement sur Paris alors qu'en Allemagne les migrants ont le choix entre plusieurs grandes villes.
Aux Etats-Unis, on constate que la côte Est fut d'abord peuplée de migrants venus d'Europe puis ce fut l'intérieur du pays jusqu'aux Rocheuses. Ce n'est qu'avec l'installation des voies ferrées vers 1920 puis de la démocratisation des voitures que la côte Ouest fut envahie de migrants en commençant par Los Angeles puis Hollywood.
A l'avenir cette étude devrait incorporer des données hispaniques, chinoises, indiennes, etc.
Pour plus d'information
A network framework of cultural history, Science,Vol. 345 no. 6196 pp. 558-562, 1 Aug 2014.

lundi 14 octobre 2013

Une brève histoire des buildings

Le webzine américain The New York Times vient de publier "Une Brève Histoire de la Tour" (A Short History of the Highrise) en quatre épisodes sur YouTube. L'auteur explique comment les cités et les buildings ont drastiquement changé le paysage urbain et la vie des gens, améliorant pour un temps leur style de vie, mais souligne également les impacts négatifs et les inconvénients de ce type de construction et la prise de conscience de cette situation par les politiciens.
Des buildings, du béton et du verre partout
Avec l'explosion de la population urbaine et le rêve de beaucoup de personnes de trouver du travail dans les grandes villes, depuis plus d'un siècle partout sur terre l'homme érige des buildings à un rythme effréné, chaque jour un peu plus haut et plus nombreux.
Il fut une époque où le building était synonyme de modernité et de standing, comme le pensent sans aucun doute aujourd'hui certains habitants de grandes villes comme New York, Shanghai, Singapour, Tokyo, Melbourne ou Dubaï.
Mais chaque nouvelle idée, chaque progrès, présente des limites et des inconvénients. Avec le temps et le boom de la natalité d'après-guerre, les buildings ont fini par abriter des appartements qui devenaient également chaque jour un peu plus petits et plus chers.



Les cités et les quartiers résidentiels
Ce n'est qu'à partir des années 1970 et l'augmentation des nuisances liées à cette urbanisation croissance, que les politiciens, à quelques exceptions près (par ex. en Chine) ont ralenti le développement des cités, des grands buildings et des voies urbaines rapides pour imaginer des projets à taille plus humaine tant au coeur des villes que dans les quartiers périphériques. C'est l'époque du développement des quartiers résidentiels, des pavillons individuels et du retour à la campagne.
En effet, avec le temps, les travailleurs de la classe moyenne parmi d'autres ont déserté les cités pour rechercher des habitations plus spacieuses, plus confortables, plus proche de la nature et moins chères. Ils migrèrent ainsi progressivement du centre des villes vers sa périphérie, s'établissant à quelques dizaines de kilomètres en dehors de l'agitation urbaine ou quittèrent même définitivement les villes pour aller vivre à la campagne.
Malheureusement, ceux restant dans les villes constatèrent rapidement une augmentation du nombre d'habitants, mais également de l'insécurité et de la pauvreté. Les plus petits et les plus vieux buildings, appartenant à l'Etat et gérés par une forme d'aide sociale, parfois abandonnés par leur propriétaire et en ruine, servirent de refuge aux plus pauvres ou furent squattés.

New York City, la ville qui ne dort jamais.
C'est ainsi que loin des autorités, abandonnés et hors de tout contrôle, certains quartiers sont devenus des ghettos ou le point de rendez-vous des désoeuvrés et des voyoux.
Localement, alignés en blocs ou en couronnes sur plus d'un kilomètre, là où autrefois il y avait un espace vert, vous entrez dans les HLM comme dans une jungle; même les êtres humains ont peur de se faire harceler ou agresser en rentrant chez eux ou en sortant de leur appartement.
Ce n'est pas pour autant que tous les vieux quartiers ou les cités doivent être démolies. Certaines comme le vieux Bruxelles, le Lower East Side à New York (les "old tenement buildings") ou le Londres de Charles Dickens (Holborn), existent depuis le XIXeme siècle sinon antérieurement et font partie de la mémoire de ces nations. Des habitants se battent pour conserver ces habitations en état.
Ailleurs, dans des quartiers plus récents ou plus chics, des buildings futuristes aux allures de vaisseaux spatiaux offrent aux visiteurs ou aux résidents tout ce dont ils ont besoin au point qu'ils peuvent y vivre en vase clos. Ces tours d'acier et de verre sont un monde dans le monde.

Dubai, quand elle ressemble à l'atmosphère de Blade Runner, par G.Donovan.
Mais pour être franc, quand ils ne sont pas dédiés aux affaires et désertés dès la fermeture des bureaux, la plupart des buildings manquent d'humanité, créant un sentiment de froideur, d'abandon, de tristesse, d'oppression, de stress, et bien sûr d'insécurité quand ils sont isolés ou mal gérés.
La plupart d'entre nous vivant dans de petits buildings ou des pavillons individuels en banlieue voire dans une maison à la campagne, nous n'avons pas toujours conscience de cette évolution et des risques que représentent en soi ces cités et ces grands buildings austères. Nous avons tendance à oublier les impacts psychologiques, sociaux et financiers négatifs que présente ce type de résidence.

Singapour et sa surprenante architecture.
Il faut souvent des années, des conflits sociaux ou des agressions répétées pour que le Ministre de l'intérieur et tout le gouvernement prennent conscience de cette situation et se donnent les moyens d'adapter le paysage urbain et leur politique à la réalité socio-économique.
De ce fait, le temps passant, les villes et spécialement celles rassemblant des (dizaines de) millions d'habitants deviennent de plus en plus invivables et stressantes. Il est temps de redonner un peu d'humanité à nos grandes villes.
Chez soi
Heureusement, ci et là, au coin d'une rue calme, derrière une cour intérieure, parfois loin au-dessus du fog ou des nuages, certains appartements sont des paradis de nature et des havres de paix.
Regardez les vidéos suivantes en anglais, spécialement la deuxième que j'ai beaucoup appréciée ainsi que la dernière qui rend hommage aux lecteurs du webzine; une image vaut mille mots.


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A lire également : Les cités du futur.

vendredi 11 février 2011

Egypte : les militaires après le Raïs

La population égyptienne a fait tomber le régime de Moubarak après trois semaines de contestations et de révoltes urbaines.
Ce 11 février 2011 vers 17h, le vice-président Omar Souleimane a annoncé la démission du président Hosni Moubarak. Quelques heures auparavant le président était parti avec sa famille vers sa résidence secondaire de Charm El-Cheik mais cela ne suffit pas aux Egyptiens. Des manifestants étaient en train d'assiéger le Palais présidentiel quand le président a déclaré qu'il remettait le pouvoir au Conseil supérieur des forces armées.
Les militaires ont à présent la lourde responsabilité d'assurer la transition. Vers quel régime, islamique, laïque, une dictature, une démocratie ou le chaos ? Seul l'avenir le dira.

L'espoir après Moubarak
Au cours des 30 dernières années, le président Moubarak fut réélu à quatre reprises mais jamais de manière démocratique. L'opposition comme le peuple ont bien tenté de se révolter mais face à l'armée et à une police tirant à balles réelles, les tentatives de rébellions furent toujours sanctionnées par la force et des jugements arbitraires.
La révolution comme la transition ne font que commencer. Après avoir subi des interdits et des intimidations durant des décennies, aujourd'hui un souffle de liberté plane sur l'Egypte.
La liberté
Sur la place Tahrir qui n'a jamais mieux porter son nom - liberté en arabe - , les Egyptiens respirent et clament leur joie ; ils savent qu'ils ont à présent leur destin entre leurs mains.
Effet de bord, il est également possible que cette révolution donne des idées aux autres peuples arabes vivant sous des régimes non démocratiques; après la Tunisie et l'Egypte, c'est en Algérie que la population demande le départ d'Abdelaziz Bouteflika âgé de 74 ans (ce qui n'est pas impossible vu sa santé fragile).
En fait, sous une stabilité apparente ce sont tous les pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient , soit plus de 350 millions de personnes qui aspirent à vivre en démocratie...
Si on compare le départ du Shah d'Iran en 1979 et ce qu'est devenu le pays sous le régime islamique de l'ayatollah Khomeyni ou de Mahmoud Ahmadinejad, on peut craindre le pire en Egypte.
Les Frères Musulmans notamment sont un groupe d'opposants radicaux qu'il faut surveiller. Aujourd'hui il n'y a aucun pouvoir en Egypte; plus de ministère, plus de société civile. Seule reste l'Armée mais elle est dirigée par un inconnu sans carisme et aucun parti laïque ou religieux n'est majoritaire. Le pouvoir est réellement entre les mains de la population.
Si le peuple est favorable à un régime démocratique laïque, même si l'Egypte est une République arabe, dans un pays instable le risque de voir s'établir un régime islamique est latent.
Il est donc urgent que les Occidentaux supportent le pouvoir de transition et notamment que Washington, le Parlement européen et nos principaux chefs d'états se prononcent clairement à ce sujet. Nous devons également aider les Egyptiens à relever les défits et les conflits qui surgiront nécessairement durant la période de transition.
Bref, c'est un jour historique dans l'Histoire du monde et des hommes. C'est l'occasion ou jamais pour les Egyptiens de prendre le pouvoir et d'appartenir à un état de droits où les Droits de l'homme ont un sens.
Quand Internet devient une arme
C'est la première fois dans l'histoire moderne qu'Internet est à l'origine de la révolte d'un peuple et de la démission d'un président.
La force des armes serait-elle inefficace face à la puissance d'Internet ? C'est fort possible puisque dans toutes les dictatures et régimes policiers, les gouvernements censurent Internet ou empêchent la population de s'y connecter ; ils ont conscience de la puissance des réseaux sociaux notamment et de tous les moyens dont regorge Internet pour communiquer en temps réel : via Facebook, Twitter, MSN, Skype, les blogs, etc, sans parler des réseaux cellulaires (GSM).
Ingérance des superpuissances
Suite à cette révolution, localement parfois violente et sanglante, peut-on imaginer ou souhaiter une ingérance des superpuissances voire de l'ONU dans les affaires égyptiennes ou des autres pays en révolte dans la région ?
Le principe d'ingérance n'est pas inscrit dans la loi. Il s'agit simplement d'un acte par lequel un pays démocratique ou son représentant (ONU) vient au secours d'une population victime notamment d'un génocide et d'autres violations des Droits de l'homme. Il s'agit donc d'une intervention fondée sur des valeurs morales.
En fait, tant que le conflit est local, limité à une ville ou fait quelques centaines ou milliers de victimes, généralement le Conseil de sécurité de l'ONU va adopter une résolution mais elle sera rarement exécutoire. Le but est de faire passer un "message" fort auprès du chef d'état du pays concerné, une mise en garde qui n'est autre qu'une intimidation diplomatique.
En fait et c'est triste à dire, il faut des événements encore plus graves pour que l'ONU passe aux actes et envoie une force d'intervention sur le terrain.
Dans le cas présent, il y a peu de victimes en Egypte et l'intervention de l'ONU n'est pas souhaitable. Reste la question géopolitique.
En effet, la question géopolitique qui se pose entre nos pays et ceux d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, concerne l'approvisionnement de l'Europe en énergie, notamment en pétrole et en gaz.
Sans énergie, c'est la survie économique de près de 400 millions d'Européens qui est en jeu. Les chefs d'états européens et leurs alliés d'outremer ne peuvent donc pas traiter la question à la légère.
S'ingérer dans les affaires politiques de l'Egypte, de la Lybie ou des pays du Moyen-Orient signifierait prendre le risque de perturber l'acheminement du pétrole vers l'Europe, notamment via le Canal de Suez.
Déjà maintenant on peut craindre une augmentation du prix du pétrole vu les risques qui planent sur son approvisionnement. Nous verrons cela dans les semaines à venir.
Dans ces conditions, même si les Etats-Unis ont des bases aériennes dans tout le Moyen-Orient, il est peu probable qu'ils interviennent sur le terrain, pas plus que l'ONU. Vu les circonstances, la stratégie des pays occidentaux vise plutôt la discrétion; il en va de la stabilité dans la région et indirectement de notre économie.

dimanche 15 août 2010

40ème Festival Interceltique de Lorient

La 40ème édition du Festival Interceltique de Lorient (FIL) qui a eu lieu du 6 au 15 août 2010 arrive à son terme.
Le festival a connu un record de fréquentation avec 800000 visiteurs (contre 700000 l'année dernière) et 115000 entrées payantes (contre 80000 en 2009).
La grande parade d'ouverture des nations celtes rassembla 4500 danseurs, chanteurs et musiciens et on dénombra jusqu'à 65000 spectateurs dans les rues de la ville.
Le bilan est encourageant et souligne l'intérêt du public non seulement pour la musique celte mais également pour la préservation des traditions et des cultures régionales.
Aux origines de l'interceltisme
Le Festival Interceltique de Lorient est né en 1971 avec l'objectif de préserver ses racines celtes en contribuant au développement de la musique et de la culture bretonne tout en s’ouvrant aux nations d’implantation celte dans les îles britanniques (Écosse, Pays de Galles, Cornouaille, Île de Man, Irlande) et dans le nord de l’Espagne (Galice et Asturies).
Tous les territoires celtiques ont peu à peu été représentés au festival, jusqu’à intégrer les régions des pays plus lointains ayant accueilli des communautés celtes : Australie, Etats-Unis, Canada, Nouvelle-Zélande…
Des personnalités ont contribué à son développement telles que Hervé Le Men et Polig Montjarret qui inventèrent les "Bagadoù" (des formations musicales bretonnes inspirées du Pipe band écossais), Alan Stivell et son inoubliable "Tri Martolod", des musiciennes comme Mariannig Larc’hantec ou Kristen Noguès qui ont remis la harpe celtique au goût du jour. Puis sont venues Beatrice Kerno pour la Cornouailles, Dougie Alexander en Écosse, Thomas Mac Ruairi en France, David Petersen au Pays de Galles, Lisardo Lombardía en Asturies, Geranio Torreiro et Ignacio Perez de Galice, et de nombreux autres musiciens et artistes.

Festival Interceltique de Lorient
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Alan Stivell - Tri Martolod

Pour plus d'information
Pour commémorer cet événement, le concert "La Nuit Interceltique" donné le 11 août au Stade du Moustoir de Lorient sera diffusé sur FR3 le 15 août 2010 à partir de 20h35. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les amateurs de musique celte.
Consultez également les vidéos de cet événement sur Dailymotion.

samedi 8 mai 2010

Raoni revient en Europe

Reconnaissable entre tous grâce à sa coiffe couronnée de plumes d'Ara, la lèvre inférieure munie de son labret, le chef indien Raoni est mondialement connu pour son combat pour la préservation de la forêt amazonienne depuis plus de 40 ans.
Le combat de Raoni
Raoni et les autres chefs indiens d'Amazonie se battent contre les grandes entreprises privées et le gouvernement du Brésil depuis 1954. Raoni a passé pratiquement toute sa vie d'adulte à défendre son territoire de la convoitise des entrepreneurs peu scrupuleux.

Pour nous Européens, tout a commencé en 1973 lorsque le photographe et cinéaste belge Jean-Pierre Dutilleux, se rendit en Amazonie, caméra au poing. Il réalisa son premier documentaire, "Indians" dédié à la tribu des Txucarramae à laquelle appartient Raoni (faisant partie du peuple Kayapo), qui sera diffusé en Europe.
En 1977, fasciné par le charisme du chef Raoni, Dutilleux décida de lui consacrer un long métrage : introduit et commenté par Marlon Brando, "Raoni" fut nominé aux oscars en 1979.
Au milieu des années 1980, Dutilleux fonda avec le chanteur Sting la "Rainforest foundation" dont l'objectif est de sensibiliser l'opinion publique aux conditions de vie des Amérindiens.
Depuis lors, Dutilleux co-dirige l'"Association pour la Forêt vierge" dont le siège est à Paris.
Dutilleux a également suivi Raoni lors de son voyage de 60 jours autour du monde afin de lancer un cri d'alarme, dénonçant la déforestation qui ravageait la forêt d'Amérique du Sud.
Précisons que le record de déforestation a été atteint entre août 2003 et juillet 2004, où 27429 km² de forêts furent déboisées, l'équivalent de 2.7 millions d'hectares, près des deux-tiers de la superficie de la Belgique ! Actuellement, la déforestation continue mais à un taux plus ralenti.
Aujourd'hui Raoni est considéré comme l'ambassadeur des indiens d'Amazonie auprès du gouvernement.

Retour à Malmedy
Il y a une vingtaine d'années, Dutilleux avait organisé la visite de Raoni et de Sting, alors son allié de combat, à Malmedy. Ce samedi 8 mai 2010 Raoni qui est aujourd'hui âgé de plus de 80 ans, est revenu à Malmedy où il discuta de l'évolution de la situation en Amazonie.
La situation se dégrade en Amazonie
En 20 ans, si beaucoup de personnes ont entendu et apprécient Raoni, peu de responsables l'ont vraiment écouté car on constate que la situation s'est encore dégradée : des milliers d'hectares de forêts ont été rasés au profit de la culture intensive et des tribus parfois très isolées ont perdu leurs terres. Et donc le combat doit continuer !
Mais en voyant Raoni simuler un combat uniquement armé d'une masse en bois, même si plus de 7000 indiens soutiennent sa cause, face au gouvernement laxiste et à la "loi de la jungle" que font régner les multinationales au coeur de l'Amazonie, la lutte semble dérisoire et toute résistance futile.
Mais sous ces apparences trompeuses, Raoni et tous les chefs indiens sont en guerre et comptent bien utiliser toute la puissance des médias pour sensibiliser leur gouvernement et amener les députés à défendre leur cause.
Seule véritable victoire acquise en 20 ans, le gouvernement brésilien a délimité le territoire du peuple Kayapo (le Xingu) qui s'étend sur une superficie d'environ 180000 km², soit six fois la Belgique. Le Xingu est devenu un parc national grâce aux dons réunis dans le monde entier par les douze fondations qui se sont créées dans le sillage du premier tour du monde de Raoni.
Une nouvelle menace s'annonce
Au cours de sa visite, Raoni dédicaça également son premier livre biographique "RAONI : Mémoires d'un chef indien" publié aux Editions du ROCHER dans lequel il décrit notamment le nouveau danger qui menace l'Amazonie
En effet, la forêt amazonienne est menacée par le nouveau barrage hydraulique de Belo Monte qui devrait être installé en amont du fleuve Rio Xingu : « Neuf millions d’hectares de forêt seront affectés », selon l’ONG Survival.
En 2015, date prévue de son inauguration, ce barrage sera le troisième plus puissant au monde, capable de développer 11 GW. Selon les autorités, ce projet est sans danger pour le territoire des Indiens. Mais Raoni n'est pas du même avis car d'une part son peuple n'a pas été consulté et d'autre part les terres des tribus du haut Xingu seront inondées : "J'ai demandé à mes guerriers de se préparer à la guerre, j'en ai parlé aussi aux tribus du haut Xingu. Nous ne nous laisserons pas faire. Nous irons tuer les Blancs qui construisent ce barrage", a-t-il déclaré à des journalistes de TF1. "Il est temps que l'on récupère ce qui nous appartient", a précisé Raoni. Raoni a déjà reçu le soutien de plusieurs personnalités, parmi lesquelles Sting, James Cameron, Sigourney Weaver ou encore Jacques Chirac qui a préfacé son livre.
Raoni sera au Luxembourg le 9 mai et à Paris le 10 mai.
Pour plus d'information
Consultez les articles publiés sur Neo-planète et Ushuaïa ainsi que celui consacré au rôle des forêts.
Lisez la lettre ouverte de Megaron Txucarramae chef des indiens Kayapo au président du Brésil à propos du barrage de Belo Monte. Megaron Txucarramae est délégué auprès de la FUNAI (Fondation Nationale Indigène du Brésil).
Pour ceux qui disposent de Google Earth (gratuit), le barrage de Belo Monte serait installé aux coordonnées : -3° 9', -51° 38'. Cf. aussi Google maps.

jeudi 9 avril 2009

Rendez-vous en terre inconnue... en Papouasie

L'émission "Rendez-vous en terre inconnue..." produite par Adenium productions et Bonne Pioche en collaboration avec France 2 et France 5 nous conduit ce jeudi soir 9 avril 2009 en Papouasie occidentale. Derrière l'aventure humaine et les émotions, il y a une performance de cinéaste et de toute l'équipe de production. Bande-annonce.
Fenêtre sur jungle chez les Korowaï
Zazie n'en revient pas. En juillet 2008, elle rend visite aux Korowaï, une tribu de Papous vivant sur une île de Papouasie Occidentale, aux confins de l'archipel indonésien.
Cinq jours de voyage lui seront nécessaire ainsi qu'à l'équipe de tournage pour rejoindre une tribu d'hommes et de femmes quasi nus, dormant et mangeant dans des maisons faites de branchages et de feuilles édifiées à plus de dix mètres de hauteur en plein milieu de la forêt vierge.
C’est dans cet univers hors du commun que Frédéric Lopez et Zazie partagent le quotidien de la famille de Ndahi durant sept jours. C'est pour eux une occasion unique de voyager en pirogue et de vivre au rythme des expéditions en forêt où les chants et les rires des Korowaï feraient presque oublier que la jungle est un milieu hostile, parfois mortel.
Pourtant, malgré le fait que cette tribu subisse encore les lois d'une nature parfois violente quand un serpent blesse mortellement ou qu'une maladie tue un être cher, les Korowaï semblent heureux de vivre dans ce milieu où la vie la plus agréable cotoye la mort sans appel.


Le réalisateur nous invite à un voyage très émouvant, sûrement l'un des plus riches et bouleversants proposés depuis sa création par ce magazine qui a pour principe d'emmener une vedette dans un voyage dont elle ne connaît pas la destination.
Comme le souligne le réalisateur français Frédéric Lopez, il n'y a que deux réalisateurs au monde pour réussir "Rendez-vous en terre inconnue". Celui-ci est réalisé par le Belge Pierre Stine qui nous livre quelques détails du « making-of » de l'émission. « Moi, je reste 15 jours sur place. Mais bien en amont, c'est le rédacteur en chef de l'émission, Franck Desplanques, un sacré baroudeur, qui a tout repéré, trouvé la famille d'accueil et pris les contacts ».
L'équipe technique se compose de 7 personnes, incluant des caméramen, un preneur de son ainsi qu'un médecin. « Mais tout le monde prête main-forte. Ne fût-ce que pour transporter le matériel dans la jungle. » Il y a des principes à respecter : « Frédéric et l'invité portent toujours la même tenue, pour faciliter les raccords au montage ». Et puis il faut que les hôtes se soient familiarisés avec la présence des caméras : « D'où l'importance d'être là à l'avance. Pour qu'ils soient naturels, que l'émotion de la rencontre affleure. » L'émission alterne plans serrés et plans aériens, filmés d'hélicoptère. « Ces plans aériens sont faits à chaque fois le dernier jour du tournage, au départ d'une liste que je dresse au jour le jour. Devais-je le dire ? (rire) C'est un de nos petits secrets de fabrication ... ». X.D
Parmi d'autres images, le dernier plan est magnifique et très symbolique : la caméra aérienne s'éloigne de la maison commune des Korowaï, nous faisant découvrir qu'elle se situe... au centre d'un coeur. Ca ne s'invente pas. Saluons au passage le travail du réalisateur.
Mais mieux encore, en jouant à la guitare sèche "Je suis un homme" (cf. cette version live de 2007 avec les paroles), Zazie est parvenue à faire pleurer les Papous ! Qui l'aurait imaginé...
Que sa chanson soit devenue un succès, qu'elle soit belle et nous émeuve soit, mais qu'elle puisse toucher une société dite primitive, c'est bouleversant. Cela démontre que plus que les paroles, la mélodie joue un rôle essentiel dans le succès d'une chanson.
Et dans ce cas ci c'est d'autant plus vrai que les paroles résument bien toute l'ambivalence de notre société qui cherche maladroitement à concilier son bien être et la protection de la nature, oubliant trop souvent que toute sa science et sa technologie ont le pouvoir de détruire l'homme.
Car dans cette chanson il y a le passage suivant par lequel Zazie s'adresse (involontairement lors de la sortie de l'album en 2007) directement aux Papous qui l'ont accueillie :
Je suis un homme de Cro-Magnon...
Je suis un homme plein d'ambition...
J'avance, avance à reculons...
Tu vois, j' suis pas un homme, Je suis le roi de l'illusion
Au fond, qu'on me pardonne Je suis le roi, le roi des cons.
C'est moi, le maître du feu, Le maître du jeu, le maître du monde
Et vois ce que j'en ai fait, Une Terre glacée, une Terre brûlée,
La Terre des hommes que les hommes abandonnent....
Je suis un homme et je mesure Toute l'horreur de ma nature
Pour ma peine, ma punition,
Moi je tourne en rond, je tourne en rond. (Zazie)


Et de fait, ce reportage nous démontre que la musique est un langage universel, un moyen de communication à part entière capable de dialoguer par delà les barrières érigées par les hommes contre d'autres hommes.
Sachant comment le gouvernement indonésien maltraite ces minorités illettrées et sans défense depuis plus de 30 ans, en chantant auprès de l'une des dernières tribus Papous vivant encore en forêt, Zazie remet à sa juste place notre définition de l'humanité ou de société dite civilisée.
Merci Zazie de nous rappeler à tous notre nature parfois perverse qui, tu nous le démontres, peut aussi être bienveillante. Espérons que de ton aventure en terre inconnue nous donne à tous une leçon et aide à protéger les dernières sociétés d'hommes libres habitant ce monde.
Un document extraordinaire et émouvant, à voir absolument ce soir sur La Une à 20h15. Le reportage sera rediffusé dans quelques semaines sur les chaînes françaises et figurera certainement en bonne place dans les annales de la télévision et des documentaires.
En complément, le site Top-depart vous propose une galerie photo du reportage.
Dernière nouvelle
En 2012, France 2 est revenu sur ce reportage et sa suite en diffusant Retour en Terre Inconnue (le reportage avec Zazie commence à 1:44:50). Ces retrouvailles avec les Korowaï restent toujours très émouvantes.

vendredi 9 janvier 2009

Gaza, un conflit qui n'en finit pas

La bande de Gaza. Dans cette enclave de 360 km2 située en bordure de mer, encadrée d'un côté par Israël et de l'autre par l'Egypte survivent près de 1.5 millions de personnes dont 50% ont moins de 15 ans.Char israélien contre jet de pierre dans la bande de Gaza.
Ce territoire qui est l'une des régions les plus denses du Moyen-Orient a fait l'objet de marchandages et est en conflit depuis plus de deux générations avec ses voisins. Pourquoi et comment tout cela a-t-il commencé ?
Un public égaré
Pour le grand public, les mots comme l'Histoire se confondent : Palestine, Gaza, Cisjordanie, Israël, Arabes, Israéliens, Musulmans, Juifs, OLP, Hamas, Fatah, Tsahal, Sharia, qui représente qui, qui fait la loi, qui attaque, qui résiste, qui gagne, qui perd, tout cela peut sembler confus.
On confond Etat et territoire, nationalité et confession, peuple et armée, idéologie et religion, parti religieux, laïc, démocratique et extrémiste... bref c'est la confusion totale, le public s'égare.
Sans parler des raisons de ce conflit et du rôle des uns et des autres. Reste enfin la question de savoir combien de temps encore peut durer cette guerre entre Gaza et Israël qui n'a que trop durer.
De fait la situation au Moyen-Orient est très compliquée voire incompréhensible pour l'homme de la rue, et d'autant plus qu'aucun diplomate ne semble entrevoir de solution.
En raison de la complexité - réelle - du sujet, l'enlisement du conflit, la mauvaise foi et le manque évident de volonté des parties d'y mettre un terme, la plupart des gens ont abandonné l'idée d'écouter la voix des belligérants et de comprendre ce dossier brûlant.
Devant cette situation, beaucoup d'entre nous se font une idée de la question sur base de clichés, d'a priori et d'informations partielles émises par l'un ou l'autre journaliste ou représentant d'Etat au cours d'un journal télévisé ou après la lecture d'un article trop bref. Chacun prend position pour l'un ou l'autre camp mais sans vraiment connaître le sujet. Qui est objectif, qui ne l'est pas, qui a raison, qui a tord, loin des conflits et sans connaissance du dossier, il semble difficile de faire la part des choses.
Et de fait il faut se rappeler l'histoire de cette région du monde et vivre sur place pour comprendre la détresse des Palestiniens et la colère des Israéliens. Un petit rappel des événements est donc nécessaire.
Rappel historique
Gaza, petite bourgade de Palestine, fut d'abord incorporée dans l'Empire Ottoman (fin du XIXe.s.), puis passa sous la domination britannique (1917). Les conflits s'envenimant entre Arabes musulmans et Juifs ainsi que sur la question de l'immigration juive, les Anglais rendirent finalement leur mandat aux Nations Unies (ONU) en 1947.
Les Anglais ayant à tord ou à raison promis un Etat aux Arabes musulmans et aux Juifs, la région sera divisée en deux Etats, l'un Arabe musulman comprenant Gaza et la Cisjordanie, l'autre Juif formant le nouvel Etat d'Israël. Mais les Arabes ont toujours refusé le plan de partage proposé par l'ONU, et notamment la division de leur Etat en deux parties. Sur ces motifs et pour des raisons idéologiques voire religieuses, dès la création de l'Etat juif, une milice armée de Gaza a déclaré la guerre à Israël, bientôt encouragée par ses habitants, pour la plupart de jeunes adultes.
Pendant près de 20 ans, Gaza sera contrôlée par l'Egypte. Puis vint la Guerre des Six Jours en 1967 qui sera remportée par Israël (la "Tsahal" est sans doute l'une des meilleures armées du monde), au terme de laquelle l'armée israélienne occupera Gaza durant 38 ans.
Le territoire Arabe se réduisit alors à la bande de Gaza actuelle plus la Cisjordanie où seront implantées des colonies juives. La cohabitation forcée entre des réfugiés musulmans sous occupation et sans droit et des juifs bénéficiant d'avantages s'est avérée être la pire des solutions.
Bombardement sur Gaza.
Aussi, en 2005, sur ordre d'Ariel Sharon, premier ministre israélien, les colons juifs quitteront définitivement les territoires occupés, préparant le futur Etat palestinien.
Signe avant-coueur d'un conflit, aux élections législatives de 2006, le Hamas (une organisation terroriste islamiste vraisemblablement armée par l'Iran et la Syrie) remporta 56% des suffrages et la majorité parlementaire au dépens du Fatah (le parti laïc, même s'il est constitué de musulmans, faisant partie de l'OLP).
Après des mois de combats (armés) entre le Hamas et le Fatah, en 2007 des élections présidentielles eurent lieu à Gaza où le Hamas remporta la majorité des suffrages.
Aussitôt Israël décréta le Hamas comme "entité hostile". Depuis, la bande de Gaza est soumise à un blocus de la part d'Israël qui compte bien venir à bout du Hamas, coûte que coûte.
De son côté les Etats-Unis (par le biais de la CIA et d'agents israéliens) essayent de renforcer le président du Fatah mais cela ne fait qu'intensifier les affrontements interpalestiniens. Aujourd'hui, face aux moyens disproportionnés utilisés par Israël (chars, navires de guerre, hélicoptères, bombes à fragmentation contre pierres et roquettes artisanales côté palestinien et plus récemment armé de missiles d'origine syrienne) et aux milliers de victimes innocentes qui sont mortes de part et d'autre durant ces conflits, d'aucun considèrent que tant l'attitude du Hamas que celle d'Israël sont inacceptables.
Ces conflits ne respectent même plus les lois de la guerre au point que les unités de Tsahal visent sciemment de jeunes enfants jouant sur la plage de Gaza, des convois humanitaires, des médecins et des civils innocents ! Un nouveau cesser-le-feu doit absolument être signé et cette guerre doit s'arrêter, pour autant que les parties acceptent de dialoguer.
En quelques lignes il est donc possible de résumer la situation au Moyen-Orient et de comprendre ce qui s'y passe.
Le dossier de TV5
Mieux que cela, en quelques articles illustrés de reportages vidéos, TV5 a gagné son pari de nous expliquer simplement les origines de ce conflit, ce que représente Gaza et Israël, tout en nous rappelant la chronologie des événements depuis 1967 et l'état de la situation actuelle au Moyen-Orient dans son dossier "Gaza un conflit qui n'en finit pas".
A voir absolument si vous voulez comprendre le conflit qui oppose Gaza à Israël et porter un jugement critique sur les attitudes des uns et des autres, y compris de la communauté internationale dans cette véritable tragédie humaine.
Mobiliser l'opinion publique
Après avoir parcouru ce dossier, une seule chose est évidente : la situation est tragique dans les deux camps, plus encore à Gaza où les Palestiniens manquent de tout et survivent dans des conditions inhumaines. Manifestation en Europe contre les raids israéliens sur Gaza.
L'intransigeance d'Israël comme la violence de ses ripostes (notamment les raids aériens et le blocus) sont choquants. L'opinion internationale s'en est émue au cours de diverses manifestations, beaucoup de Juifs de la Diaspora ainsi que des Arabes du Moyen-Orient ne partageant pas l'opinion d'Israël ni celui des Etats-Unis ou de l'Europe dans ce conflit.
En connaissant à présent un peu mieux le dossier, d'une attitude passive et désintéressée, chacun peut dès lors critiquer l'actualité du Moyen-Orient et, s'il se sent concerné, prendre clairement position dans ce conflit et exiger la fin des hostilités.
Ce fut le cas au cours des manifestations qui se sont déroulées ces dernières semaines et se poursuivront dans plusieurs villes (Alexandrie, Berlin, Beyrouth, Bruxelles, Londres, New York, Paris, Rome, Tel-Aviv, etc) où la majorité des manifestants ont clairement défendu la cause des Palestiniens. En effet, la plupart des gens supportent Gaza.
L'avenir
Qu'on ne se trompe pas de débat. Comme toute personne sensée vivant ici ou ailleurs, si les manifestants défendent la cause palestinienne au dépens de l'opinion israélienne, c'est parce le plan initial de l'ONU tout comme la réaction d'Israël sont inacceptables.Les drapeaux d'Israël et de Gaza côte à côte. Document AFP.
Après avoir tenté de coloniser des terres ne lui appartenant pas, aujourd'hui Israël s'est engagé dans une escalade qu'il ne contrôle plus, un conflit aux moyens disproportionnés qui est sur le point d'enflammer tout le Moyen-Orient et indirectement d'impacter la politique extérieure voire l'économie des pays amis (Iran, Syrie, Liban, Yemen, Egypte, Etats-Unis, UE,...).
En revanche, bien peu de manifestants vous diront qu'ils défendent la cause extrémiste du Hamas. Même si on peut comprendre l'extrême détresse et la colère d'un peuple de réfugiés brimés depuis plusieurs générations, seule la diplomatie pourra taire le bruit des canons et les cris des enfants que l'on massacre. Que les choses soient dites.
Si solution il y a, elle passe clairement par l'intervention de l'ONU. D'abord par la négociation d'un cesser-le-feu. Puis par le dépôt des armes du Hamas (comme de l'OLP) et l'accession au pouvoir d'un régime démocratique, tant que les Musulmans reconnaissent que ce terme est compatible avec la Sharia (Loi islamique).
Il faut également que le gouvernement israélien cesse les attaques de Tsahal et accepte l'idée que les réfugiés vivant dans la bande de Gaza aient un Etat, condition sine qua non à la survie et au respect d'un peuple dans un Etat de droits. De son côté le Hamas devra respecter les cesser-le-feu.
Enfin, devant le non respect des lois de la guerre (attaques de civils, non respect du cesser-le-feu, etc), il paraît évident que les chefs militaires des deux camps devront un jour comparaître devant la Cour Internationale de Justice de La Haye.
Question de langage
Le Proche-Orient englobe Israël et Gaza et représente une région qui s'étend de l'Egypte à l'Iran jusqu'au Yemen. C'est le terme francophone que les Anglo-saxons dénomment "Middle-East" et que nous traduisons par "Moyen-Orient". Les deux termes sont donc équivalents bien que la seconde expression soit plus répandue.
Pour plus d'information consultez l'actualité ainsi que les vidéos publiées sur Dailymotion.

jeudi 20 mars 2008

Boycotter intelligemment les JO de Pékin

Que nous soyons idéalistes ou naïfs, peu importe, nous vivons dans des démocraties et nous sommes tous révoltés en apprenant que des moines tibétains ont été emprisonnés (et certains torturés) par les militaires et la police chinoises pour avoir osé exprimer leur opinion devant les caméras : "nous voulons la liberté, pas les jeux... les Chinois mentent", ont crié les Tibétains devant les caméras des reporters étrangers.
Document Reporters Sans Frontières.La Chine trouve scandaleux que "Reporters Sans Frontières" ait récemment comparé les anneaux olympiques à des menottes. En revanche, la Chine trouve normal de "rééduquer" et condamner aux camps de travail des moines tibétains qui ne demandent qu'à s'exprimer librement !
La Chine trouve également normal de ne pas respecter sa parole donnée au CIO, à savoir d'améliorer les Droits de l'Homme en Chine.
Pendant que le Gouvernement de Beijing (Pékin) continue à bafouer les libertés fondamentales au Tibet et alors que le Dalaï Lama a officiellement demandé l'aide internationale, aucun Etat ne semble entendre sa voix pour soutenir son peuple, comme ce fut également le cas en 1950 !
Jacques Rogge, président du Comité International Olympique (CIO) avait portant dit haut et fort que chaque fois que les Droits de l'Homme seraient bafoués, il ferait entendre sa voix. Or, à la veille des JO de Pékin 2008 qui se tiendront du 8 au 24 août prochain, le CIO est étonnement absent de la scène internationale et refuse à ce jour de se prononcer sur l'attitude révoltante de la Chine au Tibet et de la position du CIO.
Malgré les manifestations qui se sont produites jusqu'à Bruxelles, devant l'ambassade chinoise, ainsi qu'à Paris, ni la Belgique ni la France ni l'Europe ou même les Etats-Unis ne se sont prononcés officiellement sur ces émeutes de Lhassa et n'ont encore pris de décision quant au boycott ou non des prochains JO. Pourtant, ce n'est pas faute de connaître la situation en Chine et au Tibet; le "contentieux" tibétain remonte à... 1959 sinon plus tôt !
Boycotter ou pas les Jeux ?
Le Dalaï Lama n'a jamais demandé l'indépendance du Tibet ni même appelé au boycott des Jeux Olympiques. Il demande simplement de pouvoir dialoguer avec Pékin et que les Droits de l'Homme soient respectés dans la "région autonome" du Tibet. Seuls les indépendantistes tibétains revendiquent leur indépendance à défaut de pouvoir dialoguer avec Pékin.
Dans les faits, peu d'hommes politiques ou de sportifs souhaitent boycotter les JO qui demeurent avant tout une compétition sportive de haut niveau et doivent le rester.
En revanche, il ne fait aucun doute que la plupart des pays utilisent l'événement des JO pour promouvoir le tourisme, la technologie, les échanges commerciaux avec leur pays, et indirectement leur style de vie, leur politique et même l'opinion de certaines minorités (Cf. les JO de Mexico et de Munich).
C'est dans ce cadre que chaque participant peut agir malgré les contrôles policiers, le règlement olympique acceptant une certaine marge de tolérance quant à l'expression de la foie religieuse (certains portent une croix ou prient avec une compétition) ou des opinions personnelles, qui n'ont rien de politique.
Quelques initiatives politiques
Du côté politique il a quelques initiatives, au demeurant un peu trop timides. Ainsi, le Président français Sarkozy défend l'idée d'un boycott de la cérémonie d'ouverture tandis qu'Yves Leterme, Premier ministre belge, souhaite un accord européen. Ce n'est pas pour autant qu'à défaut d'accord à 27, aucun pays ne boycottera la cérémonie d'ouverture. Pour sa part, le président du Parlement européen estime que des mesures de boycott sont justifiées.
Sur le plan économique, personne n'envisage de boycott des produits chinois. De toute façon il faut être réaliste : si le blocus ou l'embargo n'est pas total, il sera inefficace et la population en sera doublement pénalisée. Enfin, la plupart des pays ont établi des liens commerciaux avec la Chine et il est inimagineable de demande à chaque acteur d'annuler sa commande.
Commznt agir concrètement ? Jusqu'à présent, il y a eu au moins deux initiatives concrètes : le Président américain G.Bush Jr a fermement demandé à son homologue chinois de dialoguer avec les Tibétains.
Suite aux émeutes, Willem Draps, le bourgmestre de la commune belge de Woluwé-St-Pierre a suspendu le jumelage de sa commune avec le district de Chaoyang (Pékin) en raison des "violences qui ont endeuillé le Tibet" depuis le 10 mars 2008. Parlant de "génocide culturel", le Conseil communal bruxellois évoque également les "violations flagrantes" des Droits de l'Homme et "l'isolation" du Tibet par les autorités chinoises.
Devant ces réactions, la Chine a qualifié les propos des journalistes occidentaux de mensongés et prétendu que les reporters étaient à la solde de la clique du Dalaï Lama...
En revanche, la plupart des responsables politiques, y compris les ministres des Sports des pays européens et la majorité des athlètes, sont déterminés à maintenir leur participation aux JO. Les sportifs sélectionnés sont toutefois libres d'y participer ou de se désister.
Enfin mi-avril 2008, le public français et américains ont clairement signifé leur désaccord avec la Chine en s'en prenant directement à la flamme olympique. Il en sera sans doute de même en Australie.
Boycotter intelligemment les JO
Il faut bien comprendre que pour le Gouvernement de Beijing, la cérémonie d'ouverture des JO est un symbole fort, un outil politique au service de la propagande. Pour la première fois, la Chine s'ouvrira officiellement au monde et compte bien user de cette opportunité pour promouvoir sa politique. Manifestant tibétain à Bruxelles le 19 mars 2008.
Beijing ne dira pas à ses compatriotes et aux téléspectateurs du monde entier "la Chine a invité 200 pays à participer aux Jeux". Elle dira plutôt "Les nombreux pays présents reconnaissent les bienfaits de la politique chinoise et le prouvent aujourd'hui en supportant l'action de la Chine...", etc. Ce discours n'a rien à voir avec l'esprit des JO. C'est pourtant à ce type de propagande que nous allons assister. Personnellement, je refuse de participer ou de me faire l'écho de ce jeu de dupes. Quelle position faut-il adopter ?
Il faut jouer le jeu des Chinois ! Ils aiment les symboles et la télévision ? Utilisons-les ! Mais à condition que les télévisions soient assurées de pouvoir rediffuser toutes les manifestations en direct, et pas avec une minute de différer, le temps que les autorités se décident ou non sur la diffusion d'une image ! Dans ce cas, nous sommes tous d'avis qu'il est préférable de ne pas retransmettre les JO !
Grâce aux JO, pour la première fois de leur vie les Chinois auront l'occasion de voir ce que le reste du monde pense d'eux. Nous devons profiter de cette occasion pour faire avancer la démocratie.
Porter un drapeau ou un écusson
En effet, il existe un moyen pour que les athlètes comme le public fassent entendre leur voix ou leur opinion. Il est par exemple possible de porter un petit drapeau tibétain sous sa veste et de passer devant les caméras officielles en brandissant ce drapeau.
Plus discrètement, en accord avec le CIO où les gouvernements des pays participants, les athlètes comme le public pourraient également porter un écusson sur leur maillot.
Ainsi, lorsque les gagnants d'une course monteront sur le podium et seront faces à plusieurs milliards de téléspectateurs, il sera difficile aux officiels de couper l'image à ce moment là... C'est donc le meilleur moment pour montrer son désaccord avec la politique chinoise et soutenir les Tibétains.
Est-ce un acte politique ? Un drapeau est un signe politique mais la liberté d'expression est un droit fondamental individuel dans tout état démocratique.
Si la Chine veut jouer dans la cour des Grands et traiter d'égal à égal avec l'Occident, elle doit aussi en accepter les règles démocratiques !
En affichant leur désaccord avec la politique chinoise, les spectateurs comme les athlètes exprimeront simplement leur opinion personnelle, leur "coup de gueule" face à la répression chinoise au Tibet.
Vous serez vite pris, me dites-vous, emprisonnés et condamnés pour manifestation et violation des lois chinoises. En tant que ressortissant étranger vous serez exclu de la Chine. Et après ? Votre action fera bien plus de dégâts dans les consciences que n'importe quel boycott. Un dicton chinois ne dit-il pas qu'une image vaut mille mots...
En voyant ainsi des milliers de personnes soutenir les Tibétains, les Chinois lobotomisés depuis des générations par la propagande du Parti communiste verront à quel point leur gouvernement les trompe et combien le monde désapprouve son attitude au Tibet !
Le peuple chinois et notamment les intellectuels se rendront alors compte que finalement le monde pense comme eux et que Tiananmen (1989) n'était finalement pas une simple manifestation d'étudiants. Devant l'évidence, le Gouvernement chinois pourra difficilement mentir à son peuple et sera bien contraint d'ouvrir le dialogue avec les Tibétains.
Situation géopolitique du Tibet
Pour la Chine, le Tibet est plus qu'un désert froid, un lieu de culte ou symbolique. Le sous-sol du Tibet est riche en minerais divers et le pays est situé à un endroit privilégié pour entrer en Inde. Avec ses nombreux glaciers, le "Toit du Monde" est également riche en eau alors que plusieurs provinces chinoises se désertifient. Enfin, le haut-plateau du Tibet domine toute l'Asie centrale et est d'autant plus accessible depuis Pékin qu'une voie ferrée rapide y a récemment été construite.
Depuis près de 50 ans le Tibet abrite également des garnisons chinoises et est devenu un zone franche très avantageuse pour plus de 4 millions de travailleurs chinois qui le considère comme un paradis fiscal et le pays de toutes les opportunités. De fait, la culture tibétaine est en voie de disparition, assimilée par la culture chinoise.
Pour toutes ces raisons, on peut imaginer que la Chine va garder son emprise sur le Tibet et va continuer à surveiller de près les moines, les seules autorités du pays qui osent exprimer leur opinion (comme ce fut le cas en Birmanie).
Pourtant, et contrairement à ce que pensaient certains chefs d'Etats comme le Général de Gaulle, ce territoire n'appartient pas à la Chine et fut conquis par la violence et dans le sang, ainsi que l'explique cet article, un sujet qu'ignorent superbement les livres d'histoire chinois !
Supporter le Tibet
Le Dalaï Lama recevant la Médaille d'Or d'Honneur du Congrès américain le 17 octobre 2007 à Washington DC. Image Sonam Zoksang/ICT.Devant les événements révoltant qui se sont déroulés au Tibet nous devons continuer à lutter pour libérer les Tibétains de la tyrannie chinoise.
Il faut que nos gouvernements démocratiques demandent à Pékin un assouplissement de la politique et un changement de régime au Tibet. Au pire, les démocraties devraient boycotter les produits chinois, mais nous savons bien que l'argent n'a pas d'odeur et que ni l'Europe ni les Etats-Unis n'accepteront cette mesure qui sera de toute façon inefficace, et c'est bien dommage.
Contrairement à ce qui dit Pékin, les Tibétains ont toujours été un peuple pacifique et tolérant. Les derniers événements nous démontrent que malgré la répression dont ils font tous les jours l'objet, ils ont encore le courage de défendre leur opinion sur la place publique. Car au Tibet, cher lecteur, le fait de prendre la parole devant les caméras peut vous condamner aux travaux forcés durant 30 ans ! Aussi, à l'abri de nos démocraties, nous pouvons bien aider les Tibétains à se défendre de l'oppresseur !
Pour supporter les Tibétains dans leur lutte contre la Chine, souscrivez aux ONG qui défendent le Tibet, notamment à Amnesty International qui relaye les actions de Free Tibet et aidez à la mesure de vos moyens les différents bloggers tibétains que vous trouverez sur la toile.
Pour plus d'information sur les actions en faveur du Tibet, consultez International Campaign for Tibet, les blogs et sites Internet Beijing Wide Open, Reporters Sans Frontières, Tibétains en France ainsi que les autres billets de ce blog dans les rubriques Chine, Peuple et Politique.

mercredi 7 novembre 2007

Les Flamands ont voté la scission de BHV

La Communauté française de Belgique, c'est-à-dire la majorité des Bruxellois et tous les Wallons s'y attendaient : la Commission de l'Intérieur de la Chambre a voté les propositions de lois flamandes sur la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) ce 7 novembre 2007 en début d'après-midi.Les représentants flamands vôtant avec un sourire évident la scission de l'arrondissement BHV malgré l'opposition des Francophones qui ont quitté la salle.
Le projet de loi est passé à l'unanimité des membres flamands à l'exception de l'absence remarquée de la représentante des Groen! (les écolos flamands), Tinne Van der Straeten, et de tous les membres francophones qui ont quitté la salle dans un silence solennel qui en disait long sur la crise régnant actuellement en Belgique après 150 jours sans gouvernement. Les négociations ont donc évidemment échoué.
C'est la première fois dans l'Histoire de la Belgique qu'une Communauté linguistique vote contre une autre Communauté sans entendre ses arguments et sans négociation. Cela bafoue tous les principes démocratiques, et d'autant plus quand on sait que le vote a été demandé par le Vlaams Belang, un parti nationaliste (raciste et d'extrême-droite) que la majorité flamande a suivi comme un seul homme !
Ca change quoi ?
Qu'est-ce que cela va concrètement changer pour les Belges ? D'un point de vue juridique, cela ne va rien changer, sauf au moment des élections. Les Francophones habitant les six communes à facilités situées en périphérie de Bruxelles ne pourront plus voter pour un représentant francophone de la ville de Bruxelles.
En vertu du droit du sol, même si les Francophones sont majoritaires dans ces communes, étant donné que celles-ci se situent en territoire flamand (Brabant flamand), ils seront obligés de vôter pour un candidat flamand.
L'agglomération bruxelloise et les 6 communes à facilités (entre parenthèses le nombre de francophones). Document de source francophone.Et si cela ne leur plaît pas ? Le Gouvernement flamand leur dit carrément (et en flamand évidemment) : "Hier, Vlaams thuis zijn, U bent in Vlaamse land, U spreek Vlaams, anders buiten !" (ici les Flamands sont chez eux, vous êtes en territoire flamand, vous parlez flamand, sinon dehors !). Telle est la mentalité des Flamingants, racistes et intolérants !
Cette intransigeance flamande concerne tous les acteurs et services opérant en territoire flamand : école, entreprise, transport en commun, services communaux, associations, etc, jusqu'à l'affichage public, tout se fait en flamand, même pour les étrangers qui ne parlent pas la langue de Vondel !
En revanche, un candidat (député, etc) francophone peut créer une liste électorale dans ces communes, mais mis à part le MR (parti libéral francophone) qui est un très grand parti, le candidat n'a pratiquement aucune chance d'obtenir un siège politique dans une institution flamande. Par conséquent, les Francophones ne pourront de toute façon pas exprimer leur droit.
Dans ces conditions, les Flamands ne respectent pas les droits des minorités. On peut donc imaginer que les Francophones lésés s'abstiendront de vôter. Au pire, certains déménageront vers Bruxelles où en Wallonie où l'on parle français ! On peut donc considérer que ce 7 novembre 2007, marque peut-être le début de la scission de la Belgique, quoique nous en soyons encore loin (une génération ?).
Mais que les Francophones de la périphérie se rassurent, il s'écoulera peut-être des années avant que ce projet de loi sur la scission de l'arrondissement BHV ne devienne une loi et ne tire ses effets.
Les voies de recours
Les Flamands n'auront pas aussi facile que cela d'imposer leur diktat aux Francophones de la périphérie. La Communauté française de Belgique ne compte pas en rester là. Légalement, il existe deux voies de recours : invoquer la procédure du "conflit d'intérêt" (le fait que la Communanté française est lésée), une procédure longue qui peut suspendre le vote flamand durant 60 jours mais l'avis qui en découlera ne sera pas contraignant. Il pourra toutefois servir sur le plan légal au cours des négociations ultérieures.
L'autre procédure est la "sonnette d'alarme" qui permet à une Communauté lésée d'interrompre la procédure parlementaire.
Ensuite, les bourgmestres des communes bruxelloises et de BHV peuvent encore demander un référendum populaire et dans un pays de droits, la Communauté flamande ne pourra pas ignorer le résultat - acquis d'avance aux Francophones - au risque de créer des conflits d'un autre genre. On n'est pas encore à Gaza mais ça risque de sentir la poudre !
Le rôle du formateur
Selon Didier Reynders, président du MR, le vote en Commission de la Chambre ne signifie cependant pas nécessairement la fin de "l'orange bleue" (coalition socialo-libérale) ou de la mission d'Yves Leterme, le formateur du gouvernement, prérogative qui appartient au roi. Selon les rumeurs, Yves Leterme ne recontrera le roi que le 8 novembre.
Même si c'est un échec cuisant pour les négociations d'Yves Leterme (qui soit-dit en passant n'a pas la carrure ni l'expérience d'un Premier ministre), il peut continuer à former un Gouvernement mais évidemment sans tenir compte de la composante communautaire et uniquement afin de négocier un accord sur les questions socio-économiques. Autrement dit, il peut réformer l'Etat mais sans parler de réforme !
En voilà une "Histoire belge", mais cette fois avec un grand "H", car elle entrera dans les annales !
Pour plus d'information, consultez l'article Les conséquences d'une séparation de la Belgique.

lundi 24 septembre 2007

Birmanie : quand les moines luttent sans violence

Depuis le 19 août 2007, les bonzes du Myanmar, ex-Birmanie, ont organisé silencieusement un mouvement de protestation à Rangoon (Yangon), l'ancienne capitale du pays, Manifestation pacifique de bonzes birmans à Rangoon, le 18 septembre 2007. Document Reuters.contre la junte militaire, après l'augmentation brutale de 66% du prix de l’essence, de 100% de celui du diesel, de 200% de celui des transports en commun, ainsi que du prix des biens de premières nécessités, des décisions impopulaires qui affectent sévèrement la population de ce pays pauvre d'Asie du Sud-Est. Un officiel s'est contenté d’expliquer que l’Etat "devait faire partager aux consommateurs son fardeau".
Très mécontents, les 21 et 24 septembre 2007 les moines ont exhorte le public à se joindre aux protestations contre le "despotisme militaire" du pays. "Pour bannir le mauvais régime ennemi du sol birman pour toujours, les masses unies doivent avancer main dans la main avec les forces unies du clergé", a précisé l'Alliance des moines birmans.
Au cours des manifestations, la population a brandi des pancartes contre le pouvoir et scandé des slogans réclamant la liberté d'expression et la démocratie.
D'une manifestation de 200 bonzes au départ, nous en sommes un mois plus tard à une manifestation pacifique de plus de 15000 moines auxquels se sont joints plus de 100000 personnes ! Dans certaines villes, les rues sont bondées de manifestants sur plusieurs kilomètres. Le phénomène a pris une ampleur exceptionnelle, que l'on n'a plus connu depuis les émeutes de 1988.
Des moines en lutte contre la dictature
Il nous paraît étonnant de voir des moines manifester et d'autant plus dans un pays aussi fermé et répressif que la Birmanie.
Manifestation pacifique de bonzes Birman à Mandalay, le 21 septembre 2007. Document AP.
En effet, depuis que la junte est au pouvoir, cela fait 45 ans (1962), des camps d'internement et de travaux forcés ont été ouverts dans tout le pays pour réprimer les intellectuels et tous ceux qui essayent de s'opposer au régime militaire.
Aujourd'hui, la Croix Rouge n'a même pas accès aux prisons et les journalistes trop curieux sont "persona non grata" et expulsés du pays. Le régime n'hésite pas à emprisonner des dissidents à vie où à les laisser mourir quand il ne les assassine pas.
Dans ce contexte, les moines ont toujours été à la pointe de la contestation en Birmanie. Ils sont appréciés du peuple et respectés non seulement parce que tous les hommes ont été moines durant leur adolescence, mais leur communauté représentent pratiquement le dernier mouvement démocratique encore organisé dans le pays.
Ils sont également aux côtés de la population quotidiennement et connaissent bien leurs problèmes. Il est donc naturel que les moines la représentent et manifestent en son nom.
Par ailleurs, sur le plan économique, personne ne peut accepter que dans un pays potentiellement riche (ils ont des minerais, du pétrole, du gaz, des bois précieux sans parler du pavot), 50% du budget du pays soit consacré à l'armée, que le pays soit désorganisé et que les despotes au pouvoir et leur famille s'enrichissent sur le dos de la population.
La fille du Président Than Shwe par exemple, portait ostenciblement un collier serti de diamants lors de son mariage, fait qui n'a pas manqué d'être critiqué alors que la population vit sous le seuil de pauvreté.Document SIPA.
Quant à l'action politique du Président, Than Shwe peut bien croupir quelques années en prison pour l'assassinat ou les tentatives d'assassinats prémédités de Daw Aung San Suu Kyi, U Tin Oo, et leur entourage, tous membres de la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD).
Actuellement l'opposante birmane Daw Aung San Suu Kyi est toujours assignée à résidence depuis pratiquement 17 ans, alors que son parti avait remporté des élections importantes en 1990 avec 80% des voix, mais la junte n'a jamais reconnu les résultats. En 1991, la dissidente reçut même le prix Nobel de la Paix, mais le gouvernement en place est resté sourd aux appels de la population et de la communaté internationale.
Voilà dans quel contexte se déroulent ces manifestations. Le fait qu'elles restent non violentes rendent ses partisans d'autant plus respectables et leur message plus lourd de sens, signe de la détermination des manifestants.
Soutiens et revendications
Dans un communiqué rendu public par l'Alliance des moines de Birmanie le 23 septembre 2007, malgré la mousson, les moines ont promis de continuer à manifester, jusqu'à ce que le gouvernement militaire, qu'ils considèrent comme l'ennemi du peuple, quitte le pouvoir.
En parallèle, l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, a salué les moines bouddhistes qui ont fait une halte devant son domicile. Elle était visiblement très émue devant leur action et leur soutien à sa cause.
A en juger par la taille de la manifestation du 24 septembre, l'Alliance a le soutien du peuple et notamment des habitants de Mandalay, la deuxième ville du pays et le coeur spirituel du bouddhisme birman, où vivent la plupart des 500000 moines que compte le pays.
Les moines ont également le soutien de la communauté internationale, notamment des Etats-Unis et de la France, de célébrités, et l'ONU est en voie de leur emboîter le pas. Les moines ont donc toutes les raisons de poursuivre leur action. Embarras du gouvernement
Devant l'ampleur de la situation, le gouvernement est embarrassé car les généraux au pouvoir ne veulent pas donner l’image d’un régime en conflit avec le clergé bouddhiste, la plus haute autorité morale du pays, mais ne veulent pas non plus passer pour des faibles.
les moines manifestant dans les rues, supportés par les civils. Documents Mizzima news/AP.Toutefois, le gouvernement a menacé ce 24 septembre 2007 de "prendre des mesures" contre les moines et l'a répété clairement sur les radios et dans la presse sur un ton qui ne laisse rien présager de bon.
Immédiatement, le Dalaï Lama, leader spirituel tibétain, autorité morale du bouddhisme et symbole politique de premier plan, a apporté son "plein soutien" aux moines manifestant à Rangoon et appelé la junte militaire à ne pas faire usage de la force.
Dans un pays où les moines sont très respectés, la junte cherche à éviter l’insurrection et temporise pour le moment. Démentant vouloir décréter l’Etat d’urgence, elle affirme vouloir régler la situation dans le calme.
Ainsi, le 5 septembre à Pakokku, situé 500 km au nord-ouest de Rangoon, les forces de l’ordre avaient tiré en l'air pour disperser plus de 300 moines. Au moins dix bonzes avaient alors été arrêtés et trois blessés dans des ratonnades à coup de cannes de bambou. Mais depuis le 10 septembre, des policiers ont été chargés de surveiller les monastères, et ce n'est certainement que le premier signe d'une intimidation croissante.
Le risque de répression
Les moines et la population sont très courageux de défier les autorités car ils prennent de gros risques en s'opposant ainsi à la junte militaire et ses 400000 soldats qui, rappelons-le, ont déjà réprimé des manifestations par le passé en n'hésitant pas à tirer à balles réelles sur les manifestants, faisant plus de 3000 morts en 1988, sans oublier que des milliers d'autres personnes sont en train de mourir dans les camps et dans les prisons.
Jusqu'à présent, le gouvernement n'a pas fait usage de la force contre les moines, mais on peut craindre que l'armée intervienne bientôt pour "sauver la face" et faire respecter son autorité.Le Président et dictateur birman Than Shwe.
Quand la politique ou le pouvoir est remis en question, la robe cannelle ou le drapeau blanc peut rapidement se souiller de sang. N'oublions pas que nous en avons eu de tristes exemples à Tiananmen en 1989 (3000 morts) et au Tibet en 1949 (1.2 millions de morts), sans parler des exactions commises par les régimes tyranniques qui sévissent ou ont sévit un peu partout dans le monde, où les contestations se sont toujours soldées par des milliers de morts.
Sachant qu'aujourd'hui il y a une lutte de pouvoir entre Than Shwe, le Président, et Maung Aye, le Chef des Armées, la bonne fin des manifestations actuelles est loin d'être assurée.
C'est pourquoi il est important que la communauté internationale supporte l'opposition au régime et fasse pression sur le gouvernement, notamment via les sanctions de l'ONU, afin qu'il modère sa politique et permette à l'opposition de s'exprimer librement et, idéalement, d'accéder au pouvoir. Espérons que la raison l'emporte sur les intérêts personnels, mais c'est un voeux pieux.
Dernières (tristes) nouvelles
26 septembre 2007 : suite aux nouvelles manifestations, la junte est intervenue violemment pour réprimer les manifestants, comme on pouvait s'y attendre. On dénombre 13 tués.
Au moins neuf manifestants ont été tués au cours des émeutes, dont deux moines et un journaliste japonais de l'agence de vidéo et photo APF, des dizaines d'autres moines ont été frappés à coup de crosses, une femme a été blessée ainsi que 31 membres des Forces de sécurité. Ils s'ajoutent aux trois moines et au civil tués ainsi qu'à la centaine de blessés de la veille. "Les protestataires ont lancé des briques, des bâtons et des couteaux en direction des forces de sécurité, donc les forces de sécurité ont été acculées à procéder à des tirs de sommation", a affirmé la télévision officielle, contrôlée par la junte.
Les manifestants qui ne se sont pas enfuis ont été appréhendés et jetés en prison. La junte surveille également une dizaine de pagodes.
Les autorités ont décidé de mettre l'opposante Daw Aung San Suu Kyi en prison ainsi que le comédien Zanganar.
Les émeutes du 26 septembre 2007. Document Moemaka Media/EPA.
2 octobre 2007 : les manifestants ne courent plus les rues, faute de combattants. En effet, de sources officieuses, suite aux émeutes, le régime militaire détiendrait 1700 prisonniers dans un campus.
Il y aurait eu 200 morts et plus de 6000 arrestations. Beaucoup de personnes auraient été arrêtées suite aux photographies prises par les policiers durant les émeutes.
Les villes sont en état de siège. Les rues sont bouclées par la police, les commerçants continuant leur travail mais sous surveillance policière. Le CICR est interdit de séjour.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une déclaration exigeant un assouplissement du régime birman mais elle n'est pas accompagnée de sanctions. L'ONU a demandé à Than Shwe de faire preuve de "la plus grande retenue", de libérer toutes les personnes arrêtées lors de la répression des manifestations et de relâcher Aung San Suu Kyi ainsi que tous les prisonniers politiques.
Le Conseil des Droits de l’Homme a également demandé au régime militaire "d’assurer l’accès à l’information des médias pour le peuple du Myanmar". "Les autorités birmanes ne doivent plus croire que leur isolement auto-imposé les empêche de rendre des comptes", avait averti en ouverture de la session Louise Arbour, Haut commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme.
Quant au rôle de la société Total en Birmanie, selon une information belge, il serait loin de celui qu'on pense : Total joue le jeu de la dictature pour conserver ses parts de marché en redistribuant notamment une partie de ses bénéfices à la junte ! Plusieurs pays ont souhaité prendre des sanctions contre la société.
6 octobre 2007 : A l'initiative d'Amnesty International, plus de cent mille personnes ont manifesté contre le régime militaire birman dans plus de 30 capitales du monde, notamment à Wellington, Canberra, Bruxelles, Paris, Londres, New York,... Le régime détient toujours un bon millier d'opposants dont une majorité de moines bouddhistes.
12 octobre 2007 : Quatre dissidents pro-démocrates dont une femme ayant un jeune enfant ont été emprisonnés par la junte. Des témoins exilés à Bankgok, en Thaïlande, pays frontalier avec la Birmanie, déclarent que les prisonniers feraient l'objet de maltraitance, de torture et de privation de sommeil.
Entre-temps, l'ONU et l'Europe continuent leurs actions diplomatiques, alors que nous savons bien qu'il ne sert à rien de discuter avec Than Shwe qui prétend toujours conduire son pays vers la démocratie...
On peut déjà s'attendre à ce que les sanctions occidentales aient peu d'effet si ce n'est d'agacer encore un peu plus Than Shwe et ses sanguinaires acolytes.
L'Europe n'a plus investi en Birmanie depuis plusieurs années, tandis que l'Inde et la Chine ont tout intérêt à garder le contact avec leur voisin pour des raisons économiques mais aussi géopolitiques. S'il y avait une nation avec laquelle l'ONU devrait discuter, c'est bien la Chine.
De gros nuages noirs planent donc toujours au-dessus du Myanmar qui ne demande qu'à vivre en paix et en toute liberté.
Pour plus d'information, vous trouverez sur le site du "Nouvel Obs" un compte-rendu heure par heure (plus ou moins à jour et complet) des manifestations en Birmanie. Consultez également les blogs Burma et Burma Digest.