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dimanche 17 août 2014

Vous ne verrez probablement ça qu'à Dubaï

Le webzine Buzzfeed a rassemblé 35 photos insolites prises à Dubaï montrant tout l'anachronisme, l'extravagance, l'excentricité et le choc des cultures que l'on peut voir dans cet émirat et probablement nul part ailleurs sur la planète !
Voici quelques extraits d'un microcosme où l'argent n'a plus de valeur, où les apparences ne sont même pas trompeuses et où les animaux "domestiques" sont mieux considérés que les épouses.

Il prend son guépard comme on prend son chien ou son chat...
...ou son tigre !
Ces smartphones en or et incrustés de diamants valent plus chers qu'une maison.
Cet ATM délivre de l'or en barre.
Un sport à haut risque... acrophobistes s'abstenir.
La Lamborghini de la police réservée aux voies rapides.
Big wheels.
Ce n'est que la salle de bain de 100 m2.
Où il est "normal" selon la Sharia qu'un mari "fouette gentillement" sa femme.
Le choc des cultures.
Un paysage urbain à la Blade Runner.
Images extraites de BuzzFeed.

vendredi 12 avril 2013

Une Lamborghini Aventador pour la police de Dubaï

Le 10 avril 2013, la police de Dubaï a réceptionné une Lamborghini Aventador, précise le webzine Al Jazeera. Cette ultra sportive a coûté plus de 400000$.
Equipée d'un moteur V12 de 700 ch, elle atteint 350 km/h et passe de 0 à 100 km/h en 2.9 secondes, le 0 à 200 km/h en 9.1 secondes ! Elle consomme environ 20 litres aux 100/km.
Mais dans un pays qui vient de surmonter trois années de crise financière et où l'essence (0.35€) coûte moins cher que le lait (1.16€), son entretien ne devrait pas poser de problème !


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Selon la police locale, cette Lamborghini aura un rôle préventif et répressif. En effet, au cours des deux premiers mois de l'année, 33 conducteurs se sont tués sur les routes de l'Emirat où beaucoup de personnes roulent en voitures sport à plus de 200 km/h.
La police précise que l'Aventador circulera principalement dans les zones touristiques. Mais elle "sera également utilisée sur les routes extérieures et dans les endroits qui exigent des voitures de sport".
Seul hic, ce n'est pas avec ce genre d'hyper sportive à 2 places que les policiers emirati pourront embarquer les chauffards. Ceci dit il leur reste toujours leur BMW.
Concernant les performances de cette Lambo, voyez cette course contre un F16. Malgré que ce jet soit capable d'atteindre 2173 km/h (Mach 2.1) et 9G en quelques minutes, il lui a tout de même fallut 32 secondes pour la rattraper !
Les voitures de sport de la police
Dubaï n'est pas le seul pays à utiliser des sportives ou des voitures hors norme pour appréhender les chauffards.
Depuis des années la police italienne (Carabinieri) dispose d'une Lamborghini Gallardo, les Anglais roulent en Lotus Evora, les Français roulent en Subaru, les Belges roulent en Porsche 911, les Allemands roulent en Mercedes et en Porsche 911 tandis que la police de Lone Tree (Colorado) roule en Hummer...
Mais par ces temps de crise, les gouvernements ont toutefois tendance à modérer ces achats onéreux voire superflus au profit de systèmes furtifs meilleur marché et tout aussi efficaces (voitures banalisées, radars tronçons, etc).

vendredi 11 février 2011

Egypte : les militaires après le Raïs

La population égyptienne a fait tomber le régime de Moubarak après trois semaines de contestations et de révoltes urbaines.
Ce 11 février 2011 vers 17h, le vice-président Omar Souleimane a annoncé la démission du président Hosni Moubarak. Quelques heures auparavant le président était parti avec sa famille vers sa résidence secondaire de Charm El-Cheik mais cela ne suffit pas aux Egyptiens. Des manifestants étaient en train d'assiéger le Palais présidentiel quand le président a déclaré qu'il remettait le pouvoir au Conseil supérieur des forces armées.
Les militaires ont à présent la lourde responsabilité d'assurer la transition. Vers quel régime, islamique, laïque, une dictature, une démocratie ou le chaos ? Seul l'avenir le dira.

L'espoir après Moubarak
Au cours des 30 dernières années, le président Moubarak fut réélu à quatre reprises mais jamais de manière démocratique. L'opposition comme le peuple ont bien tenté de se révolter mais face à l'armée et à une police tirant à balles réelles, les tentatives de rébellions furent toujours sanctionnées par la force et des jugements arbitraires.
La révolution comme la transition ne font que commencer. Après avoir subi des interdits et des intimidations durant des décennies, aujourd'hui un souffle de liberté plane sur l'Egypte.
La liberté
Sur la place Tahrir qui n'a jamais mieux porter son nom - liberté en arabe - , les Egyptiens respirent et clament leur joie ; ils savent qu'ils ont à présent leur destin entre leurs mains.
Effet de bord, il est également possible que cette révolution donne des idées aux autres peuples arabes vivant sous des régimes non démocratiques; après la Tunisie et l'Egypte, c'est en Algérie que la population demande le départ d'Abdelaziz Bouteflika âgé de 74 ans (ce qui n'est pas impossible vu sa santé fragile).
En fait, sous une stabilité apparente ce sont tous les pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient , soit plus de 350 millions de personnes qui aspirent à vivre en démocratie...
Si on compare le départ du Shah d'Iran en 1979 et ce qu'est devenu le pays sous le régime islamique de l'ayatollah Khomeyni ou de Mahmoud Ahmadinejad, on peut craindre le pire en Egypte.
Les Frères Musulmans notamment sont un groupe d'opposants radicaux qu'il faut surveiller. Aujourd'hui il n'y a aucun pouvoir en Egypte; plus de ministère, plus de société civile. Seule reste l'Armée mais elle est dirigée par un inconnu sans carisme et aucun parti laïque ou religieux n'est majoritaire. Le pouvoir est réellement entre les mains de la population.
Si le peuple est favorable à un régime démocratique laïque, même si l'Egypte est une République arabe, dans un pays instable le risque de voir s'établir un régime islamique est latent.
Il est donc urgent que les Occidentaux supportent le pouvoir de transition et notamment que Washington, le Parlement européen et nos principaux chefs d'états se prononcent clairement à ce sujet. Nous devons également aider les Egyptiens à relever les défits et les conflits qui surgiront nécessairement durant la période de transition.
Bref, c'est un jour historique dans l'Histoire du monde et des hommes. C'est l'occasion ou jamais pour les Egyptiens de prendre le pouvoir et d'appartenir à un état de droits où les Droits de l'homme ont un sens.
Quand Internet devient une arme
C'est la première fois dans l'histoire moderne qu'Internet est à l'origine de la révolte d'un peuple et de la démission d'un président.
La force des armes serait-elle inefficace face à la puissance d'Internet ? C'est fort possible puisque dans toutes les dictatures et régimes policiers, les gouvernements censurent Internet ou empêchent la population de s'y connecter ; ils ont conscience de la puissance des réseaux sociaux notamment et de tous les moyens dont regorge Internet pour communiquer en temps réel : via Facebook, Twitter, MSN, Skype, les blogs, etc, sans parler des réseaux cellulaires (GSM).
Ingérance des superpuissances
Suite à cette révolution, localement parfois violente et sanglante, peut-on imaginer ou souhaiter une ingérance des superpuissances voire de l'ONU dans les affaires égyptiennes ou des autres pays en révolte dans la région ?
Le principe d'ingérance n'est pas inscrit dans la loi. Il s'agit simplement d'un acte par lequel un pays démocratique ou son représentant (ONU) vient au secours d'une population victime notamment d'un génocide et d'autres violations des Droits de l'homme. Il s'agit donc d'une intervention fondée sur des valeurs morales.
En fait, tant que le conflit est local, limité à une ville ou fait quelques centaines ou milliers de victimes, généralement le Conseil de sécurité de l'ONU va adopter une résolution mais elle sera rarement exécutoire. Le but est de faire passer un "message" fort auprès du chef d'état du pays concerné, une mise en garde qui n'est autre qu'une intimidation diplomatique.
En fait et c'est triste à dire, il faut des événements encore plus graves pour que l'ONU passe aux actes et envoie une force d'intervention sur le terrain.
Dans le cas présent, il y a peu de victimes en Egypte et l'intervention de l'ONU n'est pas souhaitable. Reste la question géopolitique.
En effet, la question géopolitique qui se pose entre nos pays et ceux d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, concerne l'approvisionnement de l'Europe en énergie, notamment en pétrole et en gaz.
Sans énergie, c'est la survie économique de près de 400 millions d'Européens qui est en jeu. Les chefs d'états européens et leurs alliés d'outremer ne peuvent donc pas traiter la question à la légère.
S'ingérer dans les affaires politiques de l'Egypte, de la Lybie ou des pays du Moyen-Orient signifierait prendre le risque de perturber l'acheminement du pétrole vers l'Europe, notamment via le Canal de Suez.
Déjà maintenant on peut craindre une augmentation du prix du pétrole vu les risques qui planent sur son approvisionnement. Nous verrons cela dans les semaines à venir.
Dans ces conditions, même si les Etats-Unis ont des bases aériennes dans tout le Moyen-Orient, il est peu probable qu'ils interviennent sur le terrain, pas plus que l'ONU. Vu les circonstances, la stratégie des pays occidentaux vise plutôt la discrétion; il en va de la stabilité dans la région et indirectement de notre économie.

vendredi 9 janvier 2009

Gaza, un conflit qui n'en finit pas

La bande de Gaza. Dans cette enclave de 360 km2 située en bordure de mer, encadrée d'un côté par Israël et de l'autre par l'Egypte survivent près de 1.5 millions de personnes dont 50% ont moins de 15 ans.Char israélien contre jet de pierre dans la bande de Gaza.
Ce territoire qui est l'une des régions les plus denses du Moyen-Orient a fait l'objet de marchandages et est en conflit depuis plus de deux générations avec ses voisins. Pourquoi et comment tout cela a-t-il commencé ?
Un public égaré
Pour le grand public, les mots comme l'Histoire se confondent : Palestine, Gaza, Cisjordanie, Israël, Arabes, Israéliens, Musulmans, Juifs, OLP, Hamas, Fatah, Tsahal, Sharia, qui représente qui, qui fait la loi, qui attaque, qui résiste, qui gagne, qui perd, tout cela peut sembler confus.
On confond Etat et territoire, nationalité et confession, peuple et armée, idéologie et religion, parti religieux, laïc, démocratique et extrémiste... bref c'est la confusion totale, le public s'égare.
Sans parler des raisons de ce conflit et du rôle des uns et des autres. Reste enfin la question de savoir combien de temps encore peut durer cette guerre entre Gaza et Israël qui n'a que trop durer.
De fait la situation au Moyen-Orient est très compliquée voire incompréhensible pour l'homme de la rue, et d'autant plus qu'aucun diplomate ne semble entrevoir de solution.
En raison de la complexité - réelle - du sujet, l'enlisement du conflit, la mauvaise foi et le manque évident de volonté des parties d'y mettre un terme, la plupart des gens ont abandonné l'idée d'écouter la voix des belligérants et de comprendre ce dossier brûlant.
Devant cette situation, beaucoup d'entre nous se font une idée de la question sur base de clichés, d'a priori et d'informations partielles émises par l'un ou l'autre journaliste ou représentant d'Etat au cours d'un journal télévisé ou après la lecture d'un article trop bref. Chacun prend position pour l'un ou l'autre camp mais sans vraiment connaître le sujet. Qui est objectif, qui ne l'est pas, qui a raison, qui a tord, loin des conflits et sans connaissance du dossier, il semble difficile de faire la part des choses.
Et de fait il faut se rappeler l'histoire de cette région du monde et vivre sur place pour comprendre la détresse des Palestiniens et la colère des Israéliens. Un petit rappel des événements est donc nécessaire.
Rappel historique
Gaza, petite bourgade de Palestine, fut d'abord incorporée dans l'Empire Ottoman (fin du XIXe.s.), puis passa sous la domination britannique (1917). Les conflits s'envenimant entre Arabes musulmans et Juifs ainsi que sur la question de l'immigration juive, les Anglais rendirent finalement leur mandat aux Nations Unies (ONU) en 1947.
Les Anglais ayant à tord ou à raison promis un Etat aux Arabes musulmans et aux Juifs, la région sera divisée en deux Etats, l'un Arabe musulman comprenant Gaza et la Cisjordanie, l'autre Juif formant le nouvel Etat d'Israël. Mais les Arabes ont toujours refusé le plan de partage proposé par l'ONU, et notamment la division de leur Etat en deux parties. Sur ces motifs et pour des raisons idéologiques voire religieuses, dès la création de l'Etat juif, une milice armée de Gaza a déclaré la guerre à Israël, bientôt encouragée par ses habitants, pour la plupart de jeunes adultes.
Pendant près de 20 ans, Gaza sera contrôlée par l'Egypte. Puis vint la Guerre des Six Jours en 1967 qui sera remportée par Israël (la "Tsahal" est sans doute l'une des meilleures armées du monde), au terme de laquelle l'armée israélienne occupera Gaza durant 38 ans.
Le territoire Arabe se réduisit alors à la bande de Gaza actuelle plus la Cisjordanie où seront implantées des colonies juives. La cohabitation forcée entre des réfugiés musulmans sous occupation et sans droit et des juifs bénéficiant d'avantages s'est avérée être la pire des solutions.
Bombardement sur Gaza.
Aussi, en 2005, sur ordre d'Ariel Sharon, premier ministre israélien, les colons juifs quitteront définitivement les territoires occupés, préparant le futur Etat palestinien.
Signe avant-coueur d'un conflit, aux élections législatives de 2006, le Hamas (une organisation terroriste islamiste vraisemblablement armée par l'Iran et la Syrie) remporta 56% des suffrages et la majorité parlementaire au dépens du Fatah (le parti laïc, même s'il est constitué de musulmans, faisant partie de l'OLP).
Après des mois de combats (armés) entre le Hamas et le Fatah, en 2007 des élections présidentielles eurent lieu à Gaza où le Hamas remporta la majorité des suffrages.
Aussitôt Israël décréta le Hamas comme "entité hostile". Depuis, la bande de Gaza est soumise à un blocus de la part d'Israël qui compte bien venir à bout du Hamas, coûte que coûte.
De son côté les Etats-Unis (par le biais de la CIA et d'agents israéliens) essayent de renforcer le président du Fatah mais cela ne fait qu'intensifier les affrontements interpalestiniens. Aujourd'hui, face aux moyens disproportionnés utilisés par Israël (chars, navires de guerre, hélicoptères, bombes à fragmentation contre pierres et roquettes artisanales côté palestinien et plus récemment armé de missiles d'origine syrienne) et aux milliers de victimes innocentes qui sont mortes de part et d'autre durant ces conflits, d'aucun considèrent que tant l'attitude du Hamas que celle d'Israël sont inacceptables.
Ces conflits ne respectent même plus les lois de la guerre au point que les unités de Tsahal visent sciemment de jeunes enfants jouant sur la plage de Gaza, des convois humanitaires, des médecins et des civils innocents ! Un nouveau cesser-le-feu doit absolument être signé et cette guerre doit s'arrêter, pour autant que les parties acceptent de dialoguer.
En quelques lignes il est donc possible de résumer la situation au Moyen-Orient et de comprendre ce qui s'y passe.
Le dossier de TV5
Mieux que cela, en quelques articles illustrés de reportages vidéos, TV5 a gagné son pari de nous expliquer simplement les origines de ce conflit, ce que représente Gaza et Israël, tout en nous rappelant la chronologie des événements depuis 1967 et l'état de la situation actuelle au Moyen-Orient dans son dossier "Gaza un conflit qui n'en finit pas".
A voir absolument si vous voulez comprendre le conflit qui oppose Gaza à Israël et porter un jugement critique sur les attitudes des uns et des autres, y compris de la communauté internationale dans cette véritable tragédie humaine.
Mobiliser l'opinion publique
Après avoir parcouru ce dossier, une seule chose est évidente : la situation est tragique dans les deux camps, plus encore à Gaza où les Palestiniens manquent de tout et survivent dans des conditions inhumaines. Manifestation en Europe contre les raids israéliens sur Gaza.
L'intransigeance d'Israël comme la violence de ses ripostes (notamment les raids aériens et le blocus) sont choquants. L'opinion internationale s'en est émue au cours de diverses manifestations, beaucoup de Juifs de la Diaspora ainsi que des Arabes du Moyen-Orient ne partageant pas l'opinion d'Israël ni celui des Etats-Unis ou de l'Europe dans ce conflit.
En connaissant à présent un peu mieux le dossier, d'une attitude passive et désintéressée, chacun peut dès lors critiquer l'actualité du Moyen-Orient et, s'il se sent concerné, prendre clairement position dans ce conflit et exiger la fin des hostilités.
Ce fut le cas au cours des manifestations qui se sont déroulées ces dernières semaines et se poursuivront dans plusieurs villes (Alexandrie, Berlin, Beyrouth, Bruxelles, Londres, New York, Paris, Rome, Tel-Aviv, etc) où la majorité des manifestants ont clairement défendu la cause des Palestiniens. En effet, la plupart des gens supportent Gaza.
L'avenir
Qu'on ne se trompe pas de débat. Comme toute personne sensée vivant ici ou ailleurs, si les manifestants défendent la cause palestinienne au dépens de l'opinion israélienne, c'est parce le plan initial de l'ONU tout comme la réaction d'Israël sont inacceptables.Les drapeaux d'Israël et de Gaza côte à côte. Document AFP.
Après avoir tenté de coloniser des terres ne lui appartenant pas, aujourd'hui Israël s'est engagé dans une escalade qu'il ne contrôle plus, un conflit aux moyens disproportionnés qui est sur le point d'enflammer tout le Moyen-Orient et indirectement d'impacter la politique extérieure voire l'économie des pays amis (Iran, Syrie, Liban, Yemen, Egypte, Etats-Unis, UE,...).
En revanche, bien peu de manifestants vous diront qu'ils défendent la cause extrémiste du Hamas. Même si on peut comprendre l'extrême détresse et la colère d'un peuple de réfugiés brimés depuis plusieurs générations, seule la diplomatie pourra taire le bruit des canons et les cris des enfants que l'on massacre. Que les choses soient dites.
Si solution il y a, elle passe clairement par l'intervention de l'ONU. D'abord par la négociation d'un cesser-le-feu. Puis par le dépôt des armes du Hamas (comme de l'OLP) et l'accession au pouvoir d'un régime démocratique, tant que les Musulmans reconnaissent que ce terme est compatible avec la Sharia (Loi islamique).
Il faut également que le gouvernement israélien cesse les attaques de Tsahal et accepte l'idée que les réfugiés vivant dans la bande de Gaza aient un Etat, condition sine qua non à la survie et au respect d'un peuple dans un Etat de droits. De son côté le Hamas devra respecter les cesser-le-feu.
Enfin, devant le non respect des lois de la guerre (attaques de civils, non respect du cesser-le-feu, etc), il paraît évident que les chefs militaires des deux camps devront un jour comparaître devant la Cour Internationale de Justice de La Haye.
Question de langage
Le Proche-Orient englobe Israël et Gaza et représente une région qui s'étend de l'Egypte à l'Iran jusqu'au Yemen. C'est le terme francophone que les Anglo-saxons dénomment "Middle-East" et que nous traduisons par "Moyen-Orient". Les deux termes sont donc équivalents bien que la seconde expression soit plus répandue.
Pour plus d'information consultez l'actualité ainsi que les vidéos publiées sur Dailymotion.

jeudi 18 octobre 2007

Bush parle de "3eme guerre mondiale"

M.Bush a déclaré le 17 octobre 2007 que les dirigeants internationaux devaient empêcher l'Iran de se doter de l'armée nucléaire. Une volonté décisive s'ils souhaitent, comme lui, "éviter une troisième guerre mondiale".
"Nous avons un dirigeant iranien qui a annoncé qu'il voulait détruire Israël", a rappelé le Président Bush lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, après une mise en garde de la Russie contre toute action militaire visant le programme nucléaire de Téhéran. "C'est pourquoi j'ai dit [aux dirigeants mondiaux] : si vous souhaitez éviter une troisième guerre mondiale, il semblerait que vous devriez essayer de les empêcher d'obtenir les connaissances nécessaires pour fabriquer une arme nucléaire", a-t-il dit.
Si d'aucun reconnaissent qu'il est effectivement exclu qu'un pays comme l'Iran accède à l'arme atomique, tous les Etats lui accordent néanmoins le droit de fabriquer du combustible à usage civil pour alimenter ses centrales nucléaires.
Nous avons déjà expliqué comment l'administration Bush utilisait la propagande pour manipuler les opinions américaine et européenne et les convaincre que la seule voie réaliste était la guerre contre l'Iran. Nous avons également vu que M.Bush se préparait à déployer ses troupes au Moyen-Orient en vue d'une éventuelle guerre contre l'Iran.
Malheureusement, cette attitude belliqueuse déteint sur le Président Sarkozy qui est prêt à supporter l'action des Américains malgré l'opinion globalement défavorable des Français et des autres nations démocratiques.
Mais voilà, la France, orgueilleuse comme d'habitude, veut montrer au reste du monde qu'elle aussi peut jouer dans la "cour des Grands". Pourtant, elle ne fait pas le poids, ni en hommes ni en matériel, et l'opinion public ne va pas suivre ses militaires au bout du monde pour une cause qu'elle ne partage pas.
C'est aussi oublier un peu vite la situation géopolitique, et notamment le fait que la Russie comme la Chine gardent aussi un oeil sur la situation au Moyen-Orient. Comme à un jeu de stratégie, tout mouvement d'un protagoniste va déclencher des réactions de la partie adverse et de ses alliés, d'autant plus en ses périodes ou les relations Est-Ouest ne sont plus vraiment au beau fixe.
Décidemment, il semble que dans nos démocraties, à l'instar des régimes totalitaires, le peuple suivie son leader comme un petit mouton et lui accorde "tout pouvoir" ! Qu'il ne s'étonne pas ensuite qu'il subisse les contre-effets des extrémistes de tout bord.
Certes, on peut douter de la parole du dirigeant iranien Ali Khamenei qui a déjà loué la "culture des martyrs" et dont la population n'est pas franchement pro-américaine.
Mais n'y a-t-il plus moyen de dialoguer dans ce monde ? Faut-il dorénavant résoudre tous les conflits potentiels par un bain de sang "préventif" ? Décidemment, je ne me reconnais plus dans les gens qui nous dirigent qui me donnent le sentiment que tous les jours le risque d'une guerre régionale ou globale s'accentue. Triste époque où la force l'emporte toujours sur la raison.

jeudi 27 septembre 2007

Les Etats-Unis envisagent une guerre contre l'Iran

Une étude publiée le 28 août 2007 par deux analystes britanniques spécialisés en matière de sécurité et intitulée "Envisager une guerre contre l’Iran : un mémoire pour une discussion sur les ADM [Armes de Destruction Massive] au Moyen-Orient" fait une estimation pour le moins terrifiante de la violence destructrice que les Etats-Unis envisagent de déployer lors d’une attaque contre l’Iran. "Les Etats-Unis ont fait des préparatifs dans le but de détruire les armes de destruction massive de l’Iran, son énergie nucléaire, son régime, ses forces armées, son appareil d’Etat et son infrastructure économique dans les quelques jours, sinon les quelques heures qui suivraient un ordre donné par le président George W. Bush", précise cette étude.
L'armada est prêt
Les auteurs de cette étude, Dan Plesch et Martin Butcher s’appuyent sur des sources publiques pour affirmer que "les bombardiers et les missiles à longue portée américains sont d’ores et déjà prêts à détruire en quelques heures 10000 cibles à l’intérieur de l’Iran. Les troupes d’infanterie, de l’armée de l’air et de la marine déjà présentes dans le Golfe Persique, en Irak et en Afghanistan ont la capacité de détruire en peu de temps les forces armées iraniennes, le régime du pays et son Etat."
Déploiement de la flotte US comprenant le porte-avion USS John C. Stennis (CVN-74)
dans le golfe Persique en mai 2007. Elle rejoint l'USS Eisenhower arrivé en janvier 2007.
Une attaque massive
Plesch et Butcher estiment qu’une attaque américaine quelle qu’elle soit ne se limiterait pas aux installations nucléaires iraniennes mais aurait aussi pour objectif d’éliminer sa capacité de réplique par la destruction de ses capacités militaires et de son infrastructure économique. "Toute attaque aura vraisemblablement lieu à une très grande échelle, sur plusieurs fronts, évitant toutefois une invasion terrestre. Une attaque qui se concentrerait sur les armes de destruction massive, laisserait à l’Iran trop d’options en matière de contre-attaque, permettrait que le président Bush soit accusé de n’avoir pas utilisé une force suffisante et laisserait le régime intact", déclarent-ils.



La puissance de feu du porte-avion Nimitz déployé dans le golfe Persique en 2007.
Armement et stratégies
Dans son étude, Plesch qui est directeur du
Centre for International Studies and Diplomacy à la School of Oriental and African Studies de Londres, n'avance aucun prétexte d’une entrée en guerre éventuelle des Etats-Unis contre l’Iran, ni ne tire de conclusion sur la probabilité d’une attaque. Mais l'étude décrit les préparatifs du Pentagone et examine les stratégies militaires probables des Etats-Unis dans le cadre d'une "frappe globale" avec intervention de l'US Strategic Command (STRATCOM).
Plesch et Butcher analysent les types de bombardiers et de bombes conventionnelles disponibles et calculent que 100 bombardiers stratégiques, armés chacun de 100 "bombes intelligentes", suffiraient pour détruire 10000 cibles individuelles. "Cette force de frappe est à elle seule suffisante pour détruire toutes les capacités politiques, militaires, économiques importantes de l’Iran ainsi que ses capacités de transport", concluent les auteurs.
L'étude exclut en grande partie l’usage d’armes nucléaires par les Etats-Unis, déclarant que "les conséquences humaines, politiques et environnementales serait dévastatrices tandis que leur valeur militaire resterait limitée". Mais les auteurs considèrent qui si une attaque nucléaire est "très improbable", elle n'est pas impossible.
Ils estiment que l'explosion de bombes de 300 kT sur 11 sites censés abriter des armes de destruction massive occasionneraient près de 3 millions de morts, sans parler des conséquences à long terme.
Capacités de l'armée US et riposte ennemie
Une bonne partie de cette étude traite des différentes options qu’ont les Etats-Unis pour contrer une riposte iranienne à leur attaque. L’étude évoque également l’existence de plans américains pour contrer tout blocus du détroit stratégique d’Hormuz, dans le golfe Persique, et pour se saisir de la province iranienne occidentale de Khuzestân, où s’effectue la plus grande partie de la production pétrolière du pays.Test de missiles iraniens en novembre 2006.
Elle décrit enfin la capacité de l’armée américaine, stationnée en Irak et en Afghanistan, à détruire l’armée et les bases militaires iraniennes, même si elles se trouvent à des centaines de kilomètres de distance, sans invasion terrestre.
L'étude explore également la capacité de l’Iran à répondre d’autre manière, y compris contre des pays alliés des Etats-Unis ou contre des bases américaines, soit indirectement en encourageant une sédition parmi les Chiites irakiens. Les auteurs considèrent que de tels arguments renforcent la proposition d’une attaque massive plutôt que celle d’une attaque limitée. Ils font aussi observer que l’Iran conservait l’option de contre-frappes à l’aide de missiles. "En même temps, les forces armées américaines se sont préparées à cette éventualité pendant de nombreuses années et il sera difficile d’être le général qui dira au président Bush qu’attaquer l’Iran n’est pas ‘faisable’."
Revue des forces militaires iraniennes.
La diplomatie
Les auteurs de l’étude réfutent de nombreux arguments généralement avancés pour expliquer pourquoi les Etats-Unis n’attaqueraient pas l’Iran. Ils estiment que la probabilité d’un compromis sur le programme nucléaire iranien est "extrêmement faible" étant donné que "les Etats-Unis refusent d’offrir toute garantie de sécurité à l’Iran et s’emploient effectivement et de façon active à affaiblir les autorités iraniennes."
Quant à la tentative de l’Union européenne de servir d’intermédiaire dans un marché avec l’Iran "les responsables américains…se moquent, tant en privé que de façon moins privée, des efforts de l’Europe, qu’ils jugent futiles".
Statut des troupes américaines en Irak
Quant à la question de l'enlisement actuel de l’armée américaine en Irak et le manque de troupes, l’étude estime que
Déploiement du porte-avion USS Dwing Eisenhower (CVN-69), classe Nimitz, dans le golfe Persique en janvier 2007. Il sera suivi par tout un armada. "le déploiement de l’armée aux limites de sa capacité, dû à de longs tours de service en Irak est un problème sérieux, mais fournir des forces pour une guerre de courte durée (suivant le modèle de l’invasion initiale de l’Irak) constituerait un bien moindre problème. L’Iran n’a guère la capacité de conduire une attaque militaire conventionnelle en dehors de son propre territoire, donnant aux Etats-Unis de bonnes possibilités de se retirer et d’attendre la suite des événements dans le pays après une attaque du genre de celle décrite dans cette étude."
La propagande
L'étude ne contredit pas l'existence d'une campagne de propagande de plus en plus importante sur les prétendus programmes nucléaires iraniens que nous avons déjà
évoquée. La réelle motivation d’une nouvelle guerre des Etats-Unis contre l’Iran réside dans la tentative de l’administration Bush d’établir une domination des Américainss sur les régions riches en ressources minérales du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Tout ce qui aurait pour conséquence de permettre à des rivaux européens et asiatiques de renforcer leur influence dans ces régions clés est tout simplement intolérable pour l’élite dirigeante américaine, qui se considère toujours comme le "superman" ainsi que nous l'avons expliqué dans un autre article.
La conclusion
La conclusion de leur étude est plus troublante encore : les préparatifs militaires qui permettraient à l’administration Bush de faire, en peu de temps, d’une grande partie de l’Iran un champ de ruines, sont déjà terminés.
Cet article est un condensé du
document original publié par le WSWS le 11 septembre 2007.

mardi 18 septembre 2007

Quand Américains et Français manipulent l'opinion

Décidemment, la chaîne de télévision américaine Fox News, propriété de Murdoch, continue de manipuler l'opinion publique ainsi que le révèle le nouveau documentaire “Outfoxed” produit par le sulfureux Robert Greenwald.
A partir de séquences vidéos, Greenwald montre comment la chaîne américaine manipule l’opinion publique jour après jour pour la préparer à la guerre contre l’Iran, suite à son projet d'enrichissement d'uranium pour soi-disant fabriquer du combustible pour ses centrales nucléaires, combustible qui peut tout aussi bien alimenter une bombe atomique.
Le document montre clairement que la chaîne utilise les mêmes méthodes qu’en 2003 et 2004 pour justifier la prochaine attaque des Etats-Unis contre l'Iran.

Sarkozy, le petit Oncle Sam
Mais comme si cela ne suffisait pas pour envenimer les relations déjà tendues avec l'Iran, en France, le Président Sarkozy adopte progressivement le point de vue du Président Bush Jr en expliquant qu'il "faut bombarder l'Iran" et en y envoyant son chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, y tenir des propos irresponsables. "Il faut se préparer au pire" avec l'Iran a déclaré M.Kouchner. Le pire, "c'est la guerre", a-t-il ajouté, tout en appelant à "négocier jusqu'au bout".
Mais connaissant son sens de la diplomatie, le Français moyen peut en conclure qu'il n'y a donc pas d'autre alternative que la guerre. A ce jeu, Bush et Sarkozy ont très bien manipulé M.Kouchner et l'opinion publique !

Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré ce jour qu'il ne prenait "pas au sérieux les déclarations" de M.Kouchner évoquant le risque d'une "guerre" si les sanctions contre le programme nucléaire de l'Iran restaient sans résultat.
Toutefois, au cours de la conférence de l'AIEA qui s'est ouverte à Vienne, Mohamed ElBaradei, directeur général de l'agence, a tenté de calmer le jeu, précisant qu'il fallait avant tout poursuivre les actions diplomatiques, et a fermement récusé la perspective à ce stade d'une option militaire contre l'Iran.

vendredi 14 septembre 2007

Un drone militaire a tué pour la première fois en Irak

Le Pentagone a annoncé cette semaine que le drone MQ-5B/C Hunter a tué pour la première fois dans le cadre d'une mission militaire.
Le drone MQ-5B.Le drone MQ-5B/C Hunter est un UAV, un véhicule volant sans pilote (téléguidé) que l'armée américaine a déployé en Irak notamment.
Les drones de la CIA et de l'USAF ont déjà pris des civils comme objectifs durant des missions en Afghanistan et au Yemen et probablement au Pakistan, où ils ont déjà tué, mais c'est la première fois qu'un drone militaire tue.
L'attaque s'est produite le 1 septembre 2007 selon les autorités irakiennes, mais l'annonce n'a été communiquée au public que cette semaine.
Une équipe d'éclaireurs (scouts) du 2e Bataillon, 25e Régiment d'Aviation, 25e Brigade de l'Aviation de Combat, observait deux combattants ennemis inconnus au cours d'une patrouille de surveillance, non loin d'une route proche de Qayyarah, en Irak. Les éclaireurs ont alors demandé le support d'un UAV équipé d'une caméra et de munitions.
Les pilotes téléguidèrent l'opérateur du drone jusqu'au lieu d'opération où le drone largua avec précision une bombe intelligente "Viper Strike", tuant les deux ennemis non identifiés, marquant une nouvelle étape dans l'histoire de l'aviation américaine et le contrôle de la région par les Forces de la Coalition.
"C'est modestement que nous apprenons que nous avons marqué l'histoire de l'Armée en ayant lancé avec succès le premier UAV au cours d'un combat armé", a déclaré le capitaine Raymond Fields, commandant de la compagnie "Unmanded Aerial Surveillance. "Ceci n'aurait pas été possible sans le concours de mes soldats et les civils qui jour après jour ont travaillé dur en Irak pour accomplir ce fait."
Pour plus d'information, consultez les articles publiés sur Defense Tech et sur Strategy Page.

lundi 27 août 2007

De nouvelles caricatures "scandaleuses" du Prophète

L'Iran a convoqué ce 27 août 2007 Gunilla von Bahr, chargée d'affaires suédoise en Iran, pour protester contre la publication dans un journal suédois d'une caricature du prophète Mahomet avec un corps de chien, a indiqué Anna Björkander, porte-parole du ministère suédois des Affaires étrangères.
Les autorités iraniennes ont dit à Mme von Bahr que ce dessin était "une offense au prophète Mahomet", a précisé la porte-parole en refusant de donner d'autres détails de la rencontre.
La caricature de Mahomet représenté avec un corps de chien par l'artiste suédois Lars Vilks dans le journal Nerikes Allehanda, la semaine dernière.Cette caricature, présentée à droite, réalisée par l'artiste suédois Lars Vilks avait été publiée le 18 août dernier dans le journal suédois "Nerikes Allehanda" de Örebro, après que plusieurs galeries d'art suédoises eurent refusé de présenter cette série du prophète avec un corps de chien, de peur des protestations de la communauté musulmane.
Le journal avait utilisé ce dessin pour accompagner un éditorial sur l'autocensure et la liberté de religion. "L'éditorial critiquait le fait que les dessins de Vilks avaient été rejetés de peur des réactions qu'ils pourraient provoquer", a déclaré à l'AFP le rédacteur en chef du Nerikes Allehanda, Ulf Johansson.
Deux jours plus tôt, une semaine après la publication, un groupe d'environ 60 musulmans avaient manifesté contre la publication de cette caricature.
Commentaires
On conçoit que certains musulmans puissent être choqués par cette caricature, et je serais tout aussi choqué de voir une croix du Christ, un Bouddha ou tout autre signe religieux endommagé. Mais, en Europe, nous vivons en démocratie et chacun a le droit de s'exprimer !
En fait, tous les jours je suis encore plus choqué de voir les centaines de sans-abris ou de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans les rues de nos villes, quand en parallèle, à tous les niveaux de pouvoir, des profiteurs détournent l'argent public !
Ceci dit, il est tout de même triste de constater que les démocraties se font intimidées par des musulmans extrémistes, quand ces derniers n'instrumentalisent pas la presse occidentale !
En aucun cas il ne faut céder au chantage, d'aucune sorte. Nous vivons dans des pays démocratiques qui ont payé cher le droit de s'exprimer librement. Bientôt si ça continue, la liberté d'expression fera des victimes en Occident !
Rappelons que mercredi s’ouvre le procès de "Charlie hebdo" au tribunal correctionnel de Paris. Le magazine est attaqué pour "injure publique à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur religion" par la Grande Mosquée de Paris.

dimanche 5 août 2007

Un soldat américain condamné à 110 ans de prison

Un soldat américain a été condamné à une peine de 110 ans de prison pour avoir violé et tué une jeune Irakienne de 14 ans après avoir assassiné sa famille, a annoncé le 4 août l'armée américaine. "Le soldat de première classe Jesse Spielman a été condamné à 110 ans de prison avec possibilité de libération conditionnelle sur parole après 10 ans, pour son implication en mars 2006 dans le viol d'une jeune Irakienne âgée de 14 ans et les assassinats de celle-ci et de trois membres de sa famille", indique un communiqué de l'armée.
Jesse Spielman. Document AP/Archive US ArmyJesse Spielman avait été reconnu coupable pour ces crimes le 3 août au soir par une cour martiale à Fort Campbell, dans le Kentucky.
Après une semaine de procès, les jurés militaires avaient considéré que Jesse Spielman avait pleinement participé à l'équipée sauvage au cours de laquelle plusieurs soldats américains, membres de la 101e division aéroportée, ont assassiné un père de famille, sa femme et sa fille de 6 ans, avant de violer et de tuer sa fille de 14 ans, Abeer Kassem Hamza al-Janabi, dans la nuit du 12 mars 2006 à Mahmoudiyah, à 32 km au sud de Bagdad. Le corps de la jeune fille a ensuite été brûlé au kérosène pour détruire les preuves, selon une déposition précédente.
Le quadruple meurtre, d'abord attribué à des milices irakiennes, a soulevé l'indignation en Irak et aux Etats-Unis quand il a été révélé trois mois plus tard, à l'occasion d'un "débriefing sur le stress au combat".
Jesse Spielman avait dit qu'il avait été dans l'habitation en ignorant tout de ce plan. "Je ne blâme pas ma chaîne de commandement. Je ne blâme vraiment personne", a-t-il dit calmement dans sa déclaration à la cour, juste avant le verdict. "J'aurais pu l'arrêter. J'assume la responsabilité de mes actes", a-t-il conclut.
A la fin de sa plaidoirie, le représentant du Ministère public, le Maj. William Fischbach, qui représente les intérêts de la société, a considéré que Jesse Spielman avait joué "un petit rôle" mais a souligné qu'il partage la responsibilité.
Le Ministère public n'a pas dit que Jesse Speilman avait pris part au viol ou aux meurtres mais a prétendu qu'il est allé dans l'habitation en sachant que ses collègues allaient commettre ces crimes et assura la surveillance.
Trois soldats avaient déjà plaidé coupable dans cette affaire, mais aucun n'avait présenté Jesse Spielman comme un acteur important des crimes.
Le sergent Paul Cortez, 24 ans, et le soldat spécialiste James Barker, 23 ans, ont plaidé coupable de meurtre et de viol. Ils ont été condamnés à respectivement 90 ans et 100 ans de prison, la perpétuité. Le soldat Bryan Howard, qui s'était contenté de faire le guet, a été condamné à 2 ans et 3 mois de prison pour obstruction à la justice.
Soldats américains du 1er Bataillon du 502e Régiment d'infanterie en patrouille dans la ville de Mahmoudiyah, le 28 mai 2006. Document AP/Ryan Lenz. Le meneur présumé, Steven Green, 22 ans, est poursuivi devant la justice fédérale parce qu'il avait été renvoyé de l'armée avant la révélation de l'affaire. La date de son procès n'est pas fixée. S'il est jugé coupable, la partie civile a demandé qu'il soit condamné à la peine capitale.
La grand-mère de Spielman, Nancy Hess, s'est évanouie à l'extérieur du tribunal après le prononcé du verdict. Le Maj. William Fischbach s'est porté à son assistance et appela le 911 pendant que des soldats de l'unité de Spielman ventilèrent la femme avec des napperons.
La soeur de Spielman, Paige Gerlach, s'est écriée : "Je déteste le gouvernement. Vous l'avez envoyé [en Irak] et maintenant, voilà ce qui est arrivé."
Les avocats de la défense ont quitté immédiatement le tribunal après le verdict, sans faire de commentaire.
Suite à cette annonce, un journaliste de RTL Info a osé écrire : "la peine est lourde", alors que le condamné peut être libéré sur parole dans 10 ans ! Il faudrait sans doute applaudir ce quadruple assassinat et la non assistance à personnes en danger... Une situation de guerre ne signifie pas assassiner gratuitement et violer la population, ni même supporter tacitement de tels actes ! La guerre aussi a ses lois. Mais qui est ce journaliste sans morale ?
NB. Les deux formes Irak et Iraq sont autorisées, la seconde étant généralisée dans les pays anglo-saxons.
Une partie de cet article a été extraite de la dépêche publiée par l'agence AP.

samedi 4 août 2007

Marée noire: 40% du littoral libanais toujours pollués

An Liban, on ne peut pas vraiment dire que les plages sont noires de monde, mais plutôt de pétrole ! Un an après le raid israélien sur le Liban, 40% du littoral libanaises sont toujours souillés par la marée noire. Aujourd'hui s'ajoute la pollution bactérienne de la mer par les eaux usées.Traces de pétrole à Amchit, dans le nord du Liban.
En juillet 2006, le raid aérien israélien sur la centrale électrique de Jiyeh, située à 25 km au sud de Beyrouth, avait percé des réservoirs contenant plus de 17000 tonnes de pétrole (110000 barils de 159 litres chacun) qui se sont écoulés dans la mer, provoquant la plus grave marée noire jamais survenue dans l'est de la Méditerranée.
En l'espace de deux semaines, la marée noire a pollué un tiers des côtes libanaises, dont 80 km autour de la centrale de Jiyeh et 20 km de plage au sud de Beyrouth. Un réservoir a également pris feu, dégageant une épaisse fumée noire au-dessus du Liban. Au total, quelque 150 km de littoral ont été pollué, de Beyrouth à Byblos et même tout près des côtes Syriennes.
Marée noire sur les plages de Beyrout en août 2006.En 2006, Yaacoub Sarraf, le ministre libanais de l'Environnement, avait estimé le coût de la dépollution entre 34 et 57 millions de dollars, et peut-être 10 fois plus en tenant compte de l'effort d'assainissement total des sites. Les experts les plus optimistes disaient qu'il faudrait au moins 6 mois pour nettoyer les plages et jusqu'à 10 ans pour "le rétablissement de l'écosystème de l'est Méditerranéen tel qu'il fut il y a deux semaines", disait Sarraf.
Un an plus tard
Aujourd'hui, si vous vous promenez dans le nord du Liban, le long de la mer, près de Byblos ou Amchit, vous allez encore découvrir des flaques de pétrole dans toutes les infractuosités rocheuses ainsi que des galettes de pétrole sur le sable. A certains endroits, les fûts de pétrole et de sable pollués n'ont même pas été évacués, ils traînent à moitié enfouis dans le sable quand ils ne sont pas éventrés, libérant une substance noire et brillante sur la plage.
Le ministère de l'Environnement assure que 60 à 70% du pétrole répandu sur 150 km de côtes a été nettoyé, mais reconnaît que 26 sites rocheux n'ont pas été lavés. Une partie d'entre eux sont situés au nord de Beyrouth, sur une trentaine de kilomètres entre Byblos et Enfe.
Le nettoyage a été financé à concurrence de 4.7 millions de dollars par l'Agence américaine pour l'aide au développement international (USAID) alors que le Liban en attendait 10 fois plus !
En guise d'excuse, une responsable de l'USAID à Beyrouth, explique sous couvert de l'anonymat que "le nettoyage d'une marée noire ne se fait pas du jour au lendemain. Cela prend des années", explique-t-il aux écologistes venus critiqués la lenteur des travaux. "Il est admis par les normes internationales que la nature doit faire une partie du travail, c'est pourquoi nous avons arrêté pendant l'hiver", souligne-t-elle, en ajoutant "qu'une seconde phase des travaux va prochainement commencer".
Traces de pollution près de Byblos.Il faut reconnaître que la première phase de dépollution, qui eut lieu entre octobre et décembre 2006, s'est concentrée en priorité sur les sites historiques et touristiques, puis sur les secteurs moins fréquentés ou industriels. Viendra ensuite le nettoyage des sites rocheux, plus difficile d'accès et à nettoyer, comme celui de Amchit, pour lesquels des appareils à haute pression doivent être utilisés.
Mais les défenseurs de l'environnement s'impatientent, dénoncent les dangers pour l'écosystème et pour les riverains, qui continuent à pêcher et se baigner dans les zones polluées. "Le nettoyage doit reprendre immédiatement dans les zones rocheuses, avec de l'eau chaude sous pression ou de la vapeur", affirmait récemment le scientifique américain Richard Steiner, professeur à l'Université d'Alaska (UAF), en mission au Liban. Il avertissait aussi que "les déchets non traités continuent à mettre en danger l'écosystème".
Le gouvernement projette de faire retraiter ces déchets à l'étranger, une solution rejetée par les écologistes qui la jugent trop coûteuse, entre 13000 et 17000$ par tonne. "Nous avons proposé différentes solutions qui permettraient un recyclage des déchets au Liban, mais elles ont été rejetées par le ministère" de l'Environnement, explique Mohamed Sarji, de l'association Bahr Loubnan (Mer du Liban), qui a nettoyé les plages au sud de Beyrouth.
Au tour des bactéries
Mais ce n'est pas la seule pollution dont sont victimes les Libanais et les touristes. La pollution bactérienne est plus dangereuse encore.
Bactéries fécales coliformes.Selon Environment Hotline, une équipe de scientifiques affiliée au webzine libanais "Environment Development" (Mectat), les analyses d'eau de mer effectuées le long du littoral indiquent que la quantité de pétrole est devenue négligeable en beaucoup d'endroits, sauf en quelques sites toujours très pollués indiqués dans cet article, et "ne met pas en danger les plagistes [...] mais des niveaux élevés de bactéries fécales Coliformes (FC) présentent dans les eaux usées déversées dans la mer peuvent provoquer de sévères problèmes sanitaires, en particulier chez les enfants et les personnes âgées présentant un plus faible système immunitaire."
Ce sont les eaux et les plages touristiques d'Antelias, Ramlet Baida (Beyrouth) et Sidon qui sont les plus polluées par ces bactéries, avec des valeurs dépassant localement 1000 FC/100 ml, soit 10 fois supérieures aux tolérances.
Ensemble, pétrole et bactéries ont rendu la moitié des plages libanaises aussi insalubres que des décharges publiques. Passez de bonnes vacances au Liban !

mardi 3 juillet 2007

L'ONU sort l'Irak de l'embrouille chimique

Le Conseil de sécurité de l'ONU a dissous le 29 juin 2007 l'organisme qu'il avait chargé de superviser l'élimination des programmes d'armes de destruction massive (ADM) de l'Irak.
Aucune arme chimique, neurotoxique ou bactériologique n'a été découverte en Irak depuis 2003. Mais 20 ans auparavant, ils en possédaient. Document Reuters.En effet, en 2002 le Président George Bush Jr déclarait que l'Irak possédait probablement des armes chimiques sur base de soi-disant renseignements du Secrétaire américain à la Défense et des services de contre-espionnage, dont s'était fait l'écho l'Institut International d'Etudes Stratégiques (IISS). Mais après enquête, aucune arme chimique, neurotoxique ou bactériologique et notamment aucun stock de gaz Sarin, cyclosarin, Tabun ou d'ypérite (gaz moutarde) n'a été découvert en Irak depuis l'invasion du pays en 2003 par les forces de coalition internationales.
En revanche, précisons que des armes de destruction massive furent bien utilisées par les Irakiens durant la guerre Iran-Irak entre 1983 et 1988, notamment contre les Kurdes et dans la ville d'Halabja. Rappelez-vous des actes de cruauté d'Ali le Chimique. Les soupçons américains n'étaient donc pas tout à fait infondés mais ils leur manquait l'essentiel, des preuves !
Le Conseil de l'ONU a pris cette décision dans sa résolution 1762, co-rédigée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, adoptée par 14 voix sur 15. La Russie s'est abstenue. Ainsi "la page est tournée", selon le mot d'un diplomate, sur un épisode historique qui restera à jamais controversé, Washington et Londres ayant passé outre l'avis de cet organisme dans leur décision de partir en guerre contre le régime de Saddam Hussein en 2003.
"C'est une journée historique car elle ouvre un nouveau chapitre en ce qui concerne l'Irak et les ADM", a déclaré à la presse l'ambassadeur américain, Zalmay Khalilzad. Il a jugé que si les Etats-Unis avaient "sous-estimé les capacités irakiennes dans le domaine des ADM" avant la première guerre du Golfe en 1991, ils les avaient surestimées avant l'invasion de 2003.
Explosion d'un fumigène en irak en 2004.La résolution 1762 "met fin immédiatement" au mandat de la Commission de Contrôle, Vérification et Inspection des Nations Unies (Cocovinu), chargée de localiser et de démanteler les armes chimiques et bactériologiques de l'Irak, ainsi que ses missiles à longue portée. Elle ferme également le bureau de vérification nucléaire en Irak de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), qui était responsable du démantèlement du programme nucléaire de ce pays.
La résolution 1762 appelle également Bagdad à honorer son engagement constitutionnel de "ne pas faire proliférer, développer, produire ou utiliser des armes nucléaires, chimiques ou bactériologiques et tout équipement lié."
Lors d'un débat avant l'adoption de la résolution, un responsable du désarmement à l'ONU a mis en garde contre la possibilité que des insurgés en Irak cherchent à se procurer des substances toxiques pour en faire des armes. Mais sans un recensement des éventuels stocks ou du trafic des substances toxiques, tracer ces "sales munitions" sera aussi difficile que de trouver un ennemi caché sous le sable.

dimanche 1 juillet 2007

Caricaturiste de presse : la démocratie en danger

Les caricatures de Mahomet dont nous avons discuté voici quelques mois et qui firent tant de scandales dans certains pays musulmans, ont été republiées en octobre 2006 en Egypte et en 2007 sur le site Internet du Nouvel Observateur. Elles n'ont suscité aucune réaction des extrémistes. Pourquoi ? Il est intéressant de s'arrêter sur la question pour montrer combien les médias peuvent être instrumentalisés.
Dénoncer l'instrumentalisation et les abus
L'une des deux caricatures faisant l'objet d'un procès.Cette n-ième publication des caricatures, tout comme celle publiée sur ce blog ci, n'a pas eu d'effet du tout, alors que leur première publication en 2005 a suscité un tollé de la part des extrémistes religieux durant plusieurs mois.
Mais à l'époque, ces caricatures tombaient en pleine crise Irakienne et leur message a servi une cause politique, comme ailleurs on instrumentalise le nucléaire ou la famine au profit d'une cause.
Est-ce à dire qu'un dessin peut atteindre sa cible, passer à côté ou faire des "dégats collatéraux" dans ce sens qu'il émousse les réactions des extrémistes, du seul fait de l'actualité ? C'est effectivement ce qui s'est passé et qui mérite un commentaire.
Un journal de presse satyrique n'a d'utilité que s'il est lu ou vu par un public. Si Charlie Hebdo par exemple a bonne presse malgré son coup de crayon et sa plume acerbes, si l'émission de Karl Zéro a résisté aux critiques, c'est parce que ces deux magazines sont appréciés du public qui reconnaissent leur sens critique, acceptent leur ouverture d'esprit ou partagent leur point de vue. Charlie Hebdo se vend à travers le monde, y compris dans les pays musulmans et en Europe de l'Est. Il est donc lu par beaucoup de citoyens qui ne sont pas attachés à la culture occidentale mais aux principes de la démocratie. Sa publication n'a jamais remis en question la politique Est-Ouest ou celle de l'Europe vis-à-vis du Moyen-Orient.
Les caricatures sont politisées, c'est le rôle du caricaturiste de presse : elles veulent transmettre un message, dénoncer par exemple les atteintes aux Droits de l'homme, l'intolérance, le despotisme, la violence, le crime, le risque nucléaire, etc.
Accepter par exemple une caricature qui dénonce l'instrumentalisation de la religion par les terroristes, c'est une action salutaire qu'il faut au contraire encourager pour que les lecteurs prennent conscience des manipulations qu'ils subissent. Si un journal essaye d'écarter les préjugés, les tabous et les conventions sectaires, il faut supporter son action qui vise à plus de tolérance, et défendre sa liberté d'expression, plutôt que chercher à le nuire.
Indirectement, au-delà de la culture, les caricatures peuvent aussi renvoyer aux archétypes mêmes des civilisations, remettant en question des traditions notamment. Et c'est certainement cet aspect qui, exposé sous certaines conditions, peut agacer certains mouvements sectaires ou extrémistes, par nature intolérants voire obscurantistes, qui profiteront de l'opportunité pour détourner la caricature de sa destination.
Pour renforcer leur critique et leurs soi-disant bons droits, certaines personnes ont prétendu que le Coran interdisait la représentation du Prophète, d'où la réaction des musulmans. C'est faux, car il existe plusieurs obédiences musulmanes dans lesquelles le Prophète est représenté, notamment chez les Chiites. Cela n'a jamais "représenté un problème." Il y a donc un détournement délibéré de la caricature, une instrumentalisation au service d'une cause que ne reconnaîtrons jamais les caricaturistes.
Honni soit qui mal y pense
Même si les caricatures sont parfois maladroites, vulgaires ou piquent au vif leur victime, le public qui fustige les caricaturistes écarte en fait volontairement le contexte de la caricature au profit d'une attaque personnelle, ciblée. Or c'est méconnaître la destination d'une caricature.
Il est évident que le caricaturiste ne fait généralement pas dans la dentelle. Son métier consiste à dénoncer sans égards et sans nuances des faits de l'actualité sur le ton de l'humour. Et ce dernier point est très important car le caricaturiste ne cherche pas à blesser quiconque mais uniquement à provoquer une émotion autour d'un symbole, à ouvrir éventuellement un débat de société sur un fait qu'il juge particulier.
Et ne renversons pas les rôles : ce ne sont pas les caricaturistes qui ont menacé de mort les musulmans, mais les fondamentalistes et des terroristes islamistes, bref ce sont des incendiaires prompts sur toute forme de lutte, d'anarchie et de polémique qui ont sorti le message de la caricature de son contexte.
Charlie Hebdo disait que "le crime est dans l'oeil de celui qui regarde et non dans celui de l'auteur". "Honni soit qui mal y pense", disait-on jadis. Instrumentaliser une caricature équivaut à prendre le reflet pour l'image. On vise des individus plutôt que le symbole (le prophète par exemple), c'est inacceptable, et nous devons dénoncer cette attitude qui ne fait que renforcer l'intolérance.
Préserver les droits démocratiques
En filigrane se pose la question : jusqu'où peut-on vivre ensemble ? Est-ce un blasphème de s'exprimer librement ? Sûrement pas dans un Etat de droit, d'autant plus laïque. La liberté d'expression est absolue et inaliénable dans nos sociétés démocratiques et ne supporte aucune manipulation. Les journalistes sont très vigilants sur ce principe. Si on prône le dialogue, il faut pouvoir utiliser les caricatures comme un outil et non pas comme une finalité.
Les caricaturistes sont là pour se moquer, il faut donc leur accorder le droit de rire de tout, au même titre qu'un humoriste. Si le lecteur ne peut pas partager leurs sentiments, alors autant que les caricaturistes arrêtent de rencontrer leur public et que les lecteurs arrêtent de lire les journaux.
Les menaces et les intimidations dont furent victimes certains caricaturistes sont violentes et offensantes, non seulement pour les victimes mais pour toutes les personnes qui défendent les principes de la démocratie, aujourd'hui majoritaires et représentés dans plus de 120 pays.
L'auto-censure
Représenter un personnage arabe avec un turban et une bombe, est-ce un trait d'esprit ou un stéréotype raciste qui considère que tout musulman est un terroriste potentiel ? Ceci pose la question de l'éthique et de l'auto-censure.
Tout caricaturiste de presse fait son auto-censure, Kroll et Charlie Hebdo sont les premiers à le dire. Ils prennent tous des précautions quand ils doivent aborder des thèmes sensibles. Mais il ne faut pas non plus avoir peur de son opinion ou refuser de vendre ce journal par peur des représailles.
C'est pourtant ce qu'on observe en Europe, où de crainte des critiques ou du vandalisme, il est parfois plus difficile de trouver Charlie Hebdo en kiosque que dans un pays musulman ! Cette auto-censure ou cette peur des réactions de l'autre n'a pas de raison d'être en démocratie.
Un critique arabe a dit que "le caricaturiste doit supporter ses actes, faire son auto-censure, s'interroger sur ses préjugés, ses valeurs et avoir le recul nécessaire pour juger l'intérêt de publier ses dessins". Sous le couvert d'un discours intellectuel, ses propos cachent en fait un vrai danger, une menace pour la liberté d'expression.
En effet, en cherchant à responsabiliser le caricaturiste qui n'a finalement que son stylo pour se défendre, on veut le rendre responsable des agitations politiques, jugeant qu'il "met de l'huile sur le feu" dans des contrées déjà en proie à des conflits sociopolitiques et au terrorisme !
Mais penser ainsi c'est inverser totalement le rôle des protagonistes. Il faut rappeler que le caricaturiste de presse ne fait que relater un événement qui est déjà d'actualité.
Ce critique sous-entend que le caricaturiste instrumentaliste la liberté d'expression à des fins politiques, alors qu'au contraire, son but consiste à préserver le sens critique et le libre arbitre des citoyens.
Ce critique confond en fait racisme, blasphème et droit de représentation ! Accepter son idée équivaut à voter une loi interdisant de se moquer de la religion, des leaders religieux ou politiques. A l'écouter, les caricaturistes devront bientôt s'aligner sur la personne la plus intolérante, de crainte de vexer quelqu'un ! Cela conduit tout droit la société vers la tyrannie plutôt que vers la tolérance et le respect des autres.
Le combat pour la liberté continue
Mais remettons les choses à leur place. A force de critiquer des dessins plutôt que la réalité, on finit par être indifférent à l'oppression, aux abus, aux crimes et aux malheurs du monde. En critiquant l'objet plutôt que le sujet, ce genre d'attitude propre aux extrémistes, cherche à culpabiliser les lecteurs et donc les citoyens et toute une civilisation sous le pretexte fallacieux qu'elle ne pense pas comme eux.
Indirectement, cette affaire a desservi les musulmans. Ceux qui tirent à boulet rouge sur les caricaturistes sont des minorités extrémistes voire terroristes et ce faisant, elles se sont attirées la critique des courants plus modérés. En portant le débat sur la place publique, ces minorités ont reçu un écho dans les médias, leur faisant croire qu'ils représentaient un courant important et l'avis général de la population. Mais c'est sous-estimer la sensibilité de leurs concitoyens qui sont à même de juger l'intérêt de tels dessins et de les comprendre. Aujourd'hui la presse a republié ces caricatures sans émouvoir personne.
Bref, non seulement ceux qui ont fustigé les caricaturistes ne représentent pas l'avis de la majorité des musulmans mais leur attitude très maladroite ne renforce pas leur cause, que du contraire.
Non seulement, il y aura certainement d'autres portraits enrubannés mais ils risquent de porter deux bombes cette fois-ci. Mais n'en déplaisent aux critiques et aux extrémistes, il n'y aura pas de caricatures si l'actualité de l'exige pas.
Vu ces atteintes aux principes fondamentaux de la démocratie, les lecteurs des journaux satyriques et les téléspectateurs des émissions de Karl Zéro et consorts seront toujours aux côtés des journalistes et des caricaturistes et ne se laisseront jamais intimider par des mouvements sectaires ni aucune forme d'intolérance. Ensemble, nous continuerons à lutter pour que prévalent le respect des Droits de l'homme et la liberté d'expression.
Si certain jugent le combat démocratique dangereux et qu'il vaut mieux parfois se taire, qu'ils soient heureux de vivre en démocratie et de pouvoir s'exprimer et lutter en toute liberté. Qu'ils se rappellent que sous les régimes totalitaires, les dictateurs répondent aux intellectuels par l'oppression et dans le sang. Faites votre choix.
Pour plus d'informations
Pour en savoir plus sur les dictatures, les formes d'intolérances et sur le rôle de la démocratie, consultez la dernière partie de cet article sur l'esclavage. Consultez également l'article sur les caricatures ainsi que celui de Wikipedia reprenant la liste des journaux ayant publié les caricatures de Mahomet.